-tî

V

ÎDOVZE CLEFS

PHILOSOPHIE

D E

FRERE BASILE VALENTINi .Religievx delOrdrb Saind Benoift.

TraiBant de la ^jraye Meàecim Afetalique.

Plus TAzoth , ou le moyen de faire rOr cache des Philofophcs*

TRADVCTION FRANÇOISE; .-g^

A i? A RIS, %/A^.^

Chez PiinRE MoËt, Libraire

luréj proche le PontS.Mlçhel,

àrimagic S. Alexis,

■■"h rwTwwi— I I immÊmmmmÊmmim

! M. DC, LX.

^ qMONSI £F K,

le CheHalierT>îgbj ^ (hance^ lier de la Reine de U Grande "îBretagne^ &c.

ONSIEVR,

Faute dVné meilleure oc- caiion , ie prends celle |de ce Liure que ie vous dédie i pour preuue de mes très - humbles reir ipe<fls , & que ie eonferu^

2 E P I S T R E vil' vif relTentiment des faneurs doc il vous a pieu me gratiffier. le n'oferois dire que ce petit prefent | foitfansla prétention de quelque nouuelintereft, car noltre exercice fait eftat de joindre lesdiuer- fes quai tés de Mercure, d'aymerle Soleil, de tra- fiquer des Sciences ^ Se de receuoiren donnant: en cela mefme ie ne fuis que l'agent des Dieux, c'eit à dire des Sages: Je leur ay débité vos bel- les pcnfées,&ie vous en

E P I s T R E. 3

rapporte les fcntimens. Tous m'ont témoigné l'extrême fatis-faâiion qu'ils ont receu de voftre Traitté fur la Poudre de Sympatie , en fuite qu'ils fouhaiteroient que les lumières ôc les chaleurs de voftre Elprit s'em- ployalTent pour donner vnnouueau iourauxmy- fteres de cet Art, qui exerce depuis û long- temps la curiofité des Philofophes , & pour fai- re éclorre cet œuf qu'ils vantent fi fort, le vous

â iîj

6 EPISTRE.

offre donc ce Liure^com- me la terre prefente fes fleurs &c fes fruiéls au Solei],^fin qu'ils en tirent leurperfeâion, & corn- me elle luy enuoye fes vapeurs pour lesrreçe- uoir en rofées ôCi Gti pluyes , qui. la rendent plus belle & plus riche.

l'ayfait encore efperer que vous donnerez quel- que iourau public,ce que vous ayez iudicieufei- mcnt obferué touchant h pofîeffion des démons. Vous reufsirez parfaite-

EPISTRE. 7

ment, MONSIEVR, en toutes ces matières cachés au commun des hommes , & ie ne croy pas qu auec iuftice vous puifsiez refufer la conti- nuation de ces pretieu- fes elludes au public, car vous luyeftes redeuable dVn droit annuel, après qu'il vous a mis au rang des Illultres ,&: en cette eftime d efprit qui paffe toutes les dignités delà fortune. Vous acquiter de ce deuoir & refpon- dre aux efperances que

a iiij

« EPISTRE.

Ton a conceuês de vous, Ceft voilrc gloire , 6c ce ne peut eftre qu'vne double fatis-fa- Aion 5 Potir,

MQNSIEF%..

Vcfirf tres-humbU , tr£s~ cl't'qfaniç^ tris affectionné jfruiteviv.

PIEP.P.E NiOËT.

PREFACE AV

LECTEVR.

L y a plus de trois ans palTcz ( Amy: Lcéleur ) que Tay fait traduire lesœu- ures Philofophiqucs de Frère Bafile Vaîcntin, Reli- gieux de Tordre de SaindBenoift, très doâ:e perfonnage^ lequel a fi bien efcrit, que Tes œuures font dignes d'ecernclle mémoire, mef- mesparVaduis des plus doâies de; ce temps : Ce qui m'a le puis per-

lo Treface at4 LeSieur. fuade de les faire veoîr, a efté la prière que m'en ont fait plufieurs perfonaes de qualîtejerquelsdefi- rans de contencer^ie les ay fait tra- duire d Aîemand &de Latin en no- (Ire langue Françoife^ôc les donner àceux de ma patrie/çachant qu'el- le cft âpre fent la plus curieufe de toutes les autres nations de l'Euro- pe, ceft la principale confidera- tîon qui m'a induit à les mettre en lumière^ croyant qu'elles feroient neceflaires au public, afin mefmies qu'elles peuffçnc feruîr à plufieurs pour les dçftourner d'vne infinité de çhofes inutiles à quoy ils s'a- donnent , & fe ranger fous les vrays fentîers de la Nature , qui eft le lica indiffoluUe par lequel ils icdifporcronc au dcuoîr delarai- ion . &c ce faifant Dieu leur fera la

T^ reface an LeBcûr. n

grâce de paruenirà la defiree dé- finition d'vne grâce fpeciale, par laquelle ils paruiendront à la fa- pernelle vocation^ faifant les clio- {c^ à l honneur ôc gloire de ce- luy qui poffede toutes chofes, & aufli que luy qui eft autneur de la nature n agit en nous que par vnc extraordinaire infpiration qu'il nous donne par fon faînft vouloir, lors qu'il cognoift que nous auons la volonté de bien faire :c*eft cela qui a tant efmeu de gens dodtes à chercher lescuriofitez naturelles, afin de faire du profit au public^ & principalement auxpauures,&: non feulement en noftre France ^ mais en dluerfes contrées il y a plufieurs Autheurs qui ont bien fait des li- urcs de cette fcience , & qui certi- fient qu'encores que malaifemenÉ

I? Préface au Lecteur. on Hc la peut pas bien cognoîftrc ^ que neantmoins elle eft véritable, & ay veu vn liure Italien dVnc Damoifelie qui s'appelle Dona Ifabclla Cortcd, qui a fait des vers en fa langue {i bien faits , que ie ne les puis oublier à vous les réciter en ce lieu.

Salfa ilfetor ingrato E fa, ogni meml^ro all^ato^ Kifolue é hen Uqupra Purga ogni cofa encorg^ E "vietto é retto Fugitiui tien firittO;, E fjulla fenfa JaU ^rafka fiojira ^ale:

AtTRO VERSt

Vartî fta in ac^ue fura E altro a far non cura Gênera la tintura Cofa che al foco dura ^ Adercurio firuger fuoU Ogni foUato foie Lo dijjolue é fa el moU L'aima dd corfo il toU E dofo lo congela A chi Dio Iq riue la^

14

Q.VA TRAIN.

Ce Phœnix tiompareilauecfatref- fe hlonde.

^e Phœhusnous enuoysde la race

des Dieux Comparant tr if l'en ^n,cini âefcend

des hauts lieux,

Pourlen)eoificy Us 'viciorieux dm monde.

STANCES SVR. ' LA FIGVRE fuiuante du Phœnîx.

L

DJ(U qui tout cewpofa ^u plus fur de U terres Qt4Arjcl cethaosfutfa.it i& ce qui Ipy enferre^ il U mit aùfouuoîr de tome U Haturey Qui ntusfait rêoir au ioni le Sf /, îoulfre Û* Mer^^ cure.

IL Ce pour fris effamftiny& cette maffe rortde^ hes Elemens ytiis &" tout ce ifti'efl au mondes lues Germes quîyfontt ce qui eft en "Nature» Us rtaifentpar le Sel^ le Soulfre & le Mercurel III. Var eux tout lepouuoirfe met en euidence^ Uefire qui s* en enfuit d*yne me fme prudence, Tant que continuant de tour en tour Uaturcy fait agir fous le Ciel le Sel^Soulfre^Cr Meriure»

inu

Vlus tout fe continué d*yre ^rand fermeté^ Tlu^ tout ce ^uifefdiB efifolide arreftèy Et par indiuidus fe diffoft ^t^ature^ Var le [quels fe refait le SelySoulfre^O" Mercnre, V.

Vuis encore toufioms elle fe multiplie, faifant ^wVw élterant la terre /oit remplie D'humeur y que tous les an^ er, la riche Nature^ Veffïitje rtcompofe en SHiSottlfre > cr Mercure^

P, M,

PREMIER LIVRE DE

LA C L A VI C VL E DE LA

Pierre pretieufe des anciens Phi- lofophes;

Compofè far F* B a file Valent in y de l'ordre de S, Benoijl,

À^ANT-PR OPOS,

N ma préface (dû /^Ay^^-<- traide de la gênera- JL^13Lxi don des Planettes) J^r^o^*^^

ou Ct/t % ^-^

le me fuis oblige, Amy Ledeiir , en faneur de ceux qui font curieux de fcience, ô^dcfireux de rechercher les fecrcts de la Nature , & enfei-

A

fi-rx Cf A**

18 Avant -PROPOS, gner ( félon le moyen que Dieu m'en a donné) d'où, & de quelle matière nos ancellres ont premiè- rement tiré , puis préparé la pierre triangulaire y donnée par la libérali- té du fouuerain Dieu y ( de laquelle ils fe font feruis pour entretenir leur fanté durant le cours de cette vie mortelle, & pour faulpoudrcr corne de fel celefte les malheurs de ce mo- de : ) Or afin que ie tienne ma pro- melTe, & que ie ne t'enuelope point dans les fophiftications fallacicu- fés , mais que iemonftre, comme Ton dit, depuis vn bout iufques a l'autre, la fource de tous biens : Sois attentif, & eonfidere diligemment ce que ie vay dire, ( fi tu es defireux de fcîence ) car il ne me plaift point à parler en vain, & telle n'eft pas mon intention , que de me feruir à cet effecft de paroles friuolcs^ vcu

Livre L î^

qu'elles ne ferucnt de rien 1 ou de bien peu pour apprendre i bien au contraire , c'eft tout mon but que de môftrer en peu de mots des cho- fes qui foiét appuyées & fondées fur de bons fondemens , & fondées fut des expériences tres-certaînes.

Or il faut fçauoir qu'encorcs que beaucoup fe facent accroire de pou- uoîr conftruire cette Pierre, fort peu neantmoins en viennent à bout ^ car Dieu n'en a communiqué la con- .noiffance de l'opération qu*à fore peu^& à ceux principalement qui haïfTcnc le menfonge , embraffeni: du tout la vérité , & qui s'adonnenc jaux Arts& fciences,& fur tout à ceux iqui Tayment grandement.&iuydc- 'mandent auec grande înftance Se prières ce précieux don*

C'eftpourquoy iet*aduertîs,litu u |veux chercher noftre Pierrc^de fui-'

Aij

It^

xo Av ANT-PRO:^OS.

urc mon confeil^ en premier lîeu^ prie Dieu qu'il fauorife tes œuures : & fi tu fens ta confcience chargée de péchez , ie te confellle de la def- charger & nettoyer par vraye eon-] trîtîon &c confeffion , & que tu te cîeliberes de perfeuerer toufiours en la vertu^afin que ton cœur foit con- forme en tout bien^ & ton efprit ef- claîré de la lumière de vérité : outre cela délibère en toymefmc, quefi après auoir acquis ce don diuin , tu es efleué en honneur , de tendre la main aux panures embourbez dans le limon de la pauureté,refaire & rc- ftaurer de ta libéralité ceux qui font rompus ÔclafTez de malheurs , &c te- Icuer de tes riche (Tes les accablez de mifere , afin que plus aifément tu aycs labenedidîonde Dieu^ & que tafoy eftantconfirmée par les bon- nes ceuurcs; tupuifles enfin iouyr

Livre I. t\

de la béatitude éternelle;

Outre pius>ncmefprifc pas leslî- ures des ancipns Philofophes , qui pour le certain ont eu la Pierre de- uant nous , mais lis-les entièrement, car après Dieu ce font ceux-là qui font eau fes que ie l'ay euë,lîs4es plus d Vne fois,ahn de n oublier les prin- cipes , que tes foftdemens ne tom- bent , ôc que la lumière de la vérité ncfoitefteinte.

En outre/oîs diligent à la recher- che des chofes qui s'accordent auee la raifon , & auec les liures des an- ciens, ne fois point muable, mais vifeconftammentaubut^auquel ti- rent & s'accordent tous les fages, & fouuiens toy qu vn efprit mobile n'a point depiedftable , & quvn Architede de légère tefte à grand peine peut baftir vn édifice fcrm^ & permanent*

%% ÂV ÂNT -PROPOS,

De plus, ne prenant point noftre pierre, fon eftre& fanaiirance de chofes combuftibîes ( veu qu'elle combat mefmc contre le feu^& fou- fticnt^fans eftre aucunement offen- cee , tous fes efforts & embufchesj ifîc la tire point de telles matières, cfquelles la toute puIlTante nature ne la peut mettre.

Par exemple > fi quelquVn difoît qu'elle eft de nature vegetable y ce qui neantmoins n eft pas poffible, bien qu'il apparoifTe en elle ie ne fçay quoy de vegetable ; car il faut que tu fçaches que fi noftre lunaire eftoît de mefme nature que les au- tres plantes^ elle feruiroît auffi bien que les autres de matière propre au feu pourbrufler 5 &c ne remporte- roit autre chofe de luy que le fe^ mort ^ ou, comme Ton dit, latefte Biorcc:&bièn que nos deuanciers

Livre I. 25

^yent efcrîpt bien amplement de la Pierre vegetable , toutesfoîs fîtu nés plus clair voyant que Llncee, croy moy , cela furpafTcra la portée de ton efprît^car ils Tont feulement appellee vegetable , pource qu'elle croîft, & fe multiplie comme vnc chofe veo;ctable.

Bref, fçache que pas vn animal ne peut eftendre fon efpece ôc engen- drer fon femb] able, s'il ne le fait par le moyen de chofes fcmblables , Se dVne mefme nature ^ voyia pour- qu<^y îe ne veux point que tu met- tes peine à chercher noftre Pierre autre part, ny d'autre cofté que dans lafemence de fa propre nature , de laquelle la' nature Ta premièrement produite. Tire de aufli vne confc- quence certaine, qu'il ne te faut au- cunement choifir à cet effet vne na - ïure aniniale ^ car comme la chair &c

14 AVAN T-PROPOS.

h fang ont efte donnez par le Créa- teur de toutes chofes aux feuls ani- piaux y aufli du fcul fang , a eux feul paiticulier ^ eux feuls font nays & naliîent tous les iours. Mais noftre Pierre que i ay eue par fucceffion des anciens Philorophes.ell: faite &c compofee de deux chofes, & d'vne^ efquelles eft la troifiefme cachée, & telle eft la vérité vrayement pu- bliée fans aucune ambiguité & frau- de^car le mary & la femme n'eftoiéc pris par les anciens Philo fophes que pour vn mefme corps , non pas a çaufe defes accidens externes qu ils euiTent , mais à caufe de leur amour réciproque y & la vertu vniforme prpdudtiue de leur femblable.née inférée ai'vne«5cà Faurre , dés leur premiers naiflance. Et tout ainfi qu'ils ont vne vertu çonferuatiue &c prppagaciue de leur efpece y tout

Livre î. 25

inefme la matière de laquelle eft produit noltre Pierre/e peut mul- tiplier & eltendre par la vertu femi- naire qu'elle a :C*cft pourquoy fi tu es vray amateur de noftre fcience^ tu ne feras pas peu d'eftime de ce que ic te viens de dire, & tu le con- fidereras attentiuement^ de peur de te laîfler tirer auec les autres fophî- ftes , aueuglcz en cet eridroicl en la foffe d'ignorance , te précipiter cri ce gouffre, & enfin n'en pouuoir ia- mais reuenîr.

Or, mon amy, afin que îe renleî- gne d*oii cette feméce, &c cette ma- tière eil: puiféc/onge en toy mefme à quelle fin &vrage tu veux faire la Pierre , alors tu içauras qu'elle ne ïi'extraidt que de racine metalique, ordonnée du Créateur à la généra- tion feulement des Métaux ; Or comprends en peu de paroles com-

Avant -PRopoSo

ment cela fcfaid.

Au commencement, lors quel'el- prit du Seigneur cftoit porté fur les eaux j & que toutes chofes eftoient enueloppées dans les obfcuritez te- nebreufes du Chaos,alors Dieu tout pui{rant& Eternel , conimenccmét fans fin , la fageffe duquel eft dés le commencement ^ & dés rEternité^^ par Ces confeils infcrutables &c pro- uldens,crea de rien le Ciel & la ter- r V , & tout ce qui eft en iceux conte- nu vifible &:, inuîfible , quel nom que tu leur baille ouleur puiflebail^ 1er ; Car Dieu fit toutes chofes de nen:Or comment fut faîte cette ef- merueillable création > i'eftîme que ce n'eft icy le lieu de s'en enquefter, car telles matières doiuçnt cftre plu- ftcft confirmées par lafoy & par la iainde Efcriture. En cette création Dieu donna & comme verfa à cha-

Livre I. 47

gue nature , de peur qu elles ne pe- rilTenC;, eftâs fubiedtes à corruption, à chacune fafemence , afin que par celle vertu feminalle elles fc pcuf- fent garentir de mort , &c que les hommes Jes animaux , les plantes &c les métaux, peuffent élire perpé- tuellement conferuez , Se ne fut pas donnée à l'homme telle vertu ^ que de pouuoir à fon plaifir, contre la vo- lonté de Dîeu^ faire de nouuelles fe- mences^mais feulement luy fut per-- mis de pouuoir eftendre & multi- plier fon efpece:Et Dieu fe referua la puiffance de faire de nouuelles fc- mences, autrement la création fe- roit poiGTiblc à l'homme , comme cftant la plus noble créature , ce qui ne fe peut pas faire , mais doit clîre referuée au fcul Créateur de toutes chofes,

î^and à la verm femînalc des

^8 Avant-propos. Métaux, ie veux qu'aînfî tukcon- noiffes : Premièrement Tinfluence celefte par la volonté & comman- dement de DieUjdefcend d^enhaut, & femelle auçc les vertus & pro- prietez des Aftres> d*icellcs mellées enfemble , il fe forme comme vn tiers cntre-terreftre : Ainfi eft faiâ: le principe de noftre femence, Sctel- le eft fa première produdion , pat laquelle elle peut donner aflez fufE- fant tefmoignage de fa race : De ces trois fe font les elemens , à fçauoîr, l'Eau, l'Air, &c la Terre, lefquels moyennant Tayde du feu, cotinuel- lemenr appliqué, l'on regift & gou- uerne iufques à ce qu'ils ayent pro- duit vne ame qui aye moyenne na- | ture entre les deux, vn efprit în- comprehenfiWe , $c vn corps vifi- ble &c corporel : Quand ces trois principes font ioînts enfemblç paç

Livre I. tp

vrayevnion, ils font par continua- tion de temps 3 & par le moyen du feu deuëment applique , vnelub- ftance fenfîble j fçauoir ell , la Mer- curîalUy la Sulfureufe j & la Saline^ que Hermès ôc tous les autres de- uant moy , ne pouuant rien par delà dés le commencement du Magifte- re , onrappellé les trois principes, lefquels s y eftans mis proportion- nément ^ Ton coagule , félon les dî- ^^ uerfes opérations de nature , & la difpofitiondelafemence , ordon- née de Dieu à cet effccl.

Quiconque donc fe propofe de chercher la fource de cette falubre fontaine,& efpere de remporter par vn combat defiré , le prix de ce no- ble Art , qu'il me croye , atteftant le SouuerainDieudc cette vérité, que la part fe trouuent l'Ame MetalU que , TEfprit Metalique , & le corps

o

Avant-propos

Mecalique^s'y trouuent auffi infaiî- VibXcmtntyï Argent a}if, le Soulfrey& le Sel Metaliaue y lefquels necelTai- reinent ne fçauroient faire qu'vri corps parfald Metalique.

Si tu ne veux pas entendre ce qu'il te faut apprendre ; ou tu n'au« ras îamaîs efté efleué dans l'efcolle de fagefife , ou tu ne feras pas enfant de fcience , ou bien Dieu t'eftimera indigne &c incapable die telle do- ctrine,

le te dits donc en peu de mots qu'il te feraimpolTible de tirer au- cun profit oufœlicité des ^matières metalîquesjd tu naifembles exacte- ment en vnc forme metalique ces trois principes ? Auec cela il faut que tufçaches que non feulement l'ho- me , mais mefmes aufli tous les au- tres animaux terreftres , compofeï: de chair &c de fangXoht douez d A-

Livre I. 51

itic&d'efprkvital, qu'ils font dcf^ pourueuz neantmoins d'entende- ment, -qui eft à l'homme feul par- ticulier : C'eft pourquoy quand ils ne font plus en vie , Ion n'en fçau- roit rien tirer de bon , tout eftant mort en eux.

Mais quand TÂmc de l'homme eft contrainte par la mort & par h dif- jondlion d'auec le corps^ de re- tourner à fon Créateur d'où elle eft venuii, elle vittoufiours^ & en fin retourne habiter auec le corps puri- fie &c clarifié par le feu :, de telle fa- çon que TAme, TEfprit & le Corps, s'illuminentrvnTautre dVne certai- ne claîrtéceleftej &c s'embraffentdc tellcforte que iamaispuis après ils ne peuuéteftredef-vnis lynde l'autre. Voyla pourquoy l'homme doit cftre , à caufe de fon ame , eftime créature fixC;» d'autant que ( bien

32. Avant-propos* qu il femble mourir) il viura perpc- tuellemenc , la mor^ de Ihomme à caufcde cela^neft autre chofe qu'v- ne clarification.par laquelle (deuât que paffer comme par certains dc- grez ordonez de Dieu j il doit après auoir quitte cette vie mortelle , vi- ure plus noblement^ &c d\ne vie immortelle : Ce que n eftant ainfî Acs autres animauxj'on les doit efti- mer créatures non fixe ^ car après la mort ils n'ont aucune efperance de refufciter & reuiure , pource qu'ils fontdefpourucus d'Ame raifonna- blc, pour laquelle a enduré &rcf- pandu fon précieux fang, Icvray médiateur ôcvnique fils de Dieu.

A la vérité fi TeCprit peut habiter TAmc &: le corps ; il ne s'enfuit pas neantmoinsqu ilsfoicntliezenfem- bîe , bien qu'ils foicnt en paix , & ne foient en rien difcordans Tvnde

l'autre^

L I V R E I. ^3

r autre ^ car ils ont encorcs befoing d Vil lien plus fort , à fçauoir de l'A* me pure , noble S>c incomprehcnfi- ble, qui les puifle tous deux lier fer- mement , les garantîiTe de tous dan- gers^ ôc deffende contre tous les en- îiemis : Car l Ame s'eft départie & eft du tout efteinte , n y a plus dt vieencétendroidl, &n y à aucune cfperance de la recouurer , voyla pourquoy vnc chofé fans Ame eft grandement împarfàidé , & voicy vn grand fccret , & que doit ncccf- fairement fçauoir le fagc qui cher- che noftre Pierre j ma corifcicncê m'a obligé à ne paflcr foubs filencè vn tel myfteré ', mais les defcouurir aux amateurs de noftre fciencèjPoi- fe donc diligemment mes paroles, & apprends que les cfprits qui font cachez dans les métaux différent beaucoup IVn de l'autre , Tvn eftant

34 kwK^r - PROPOS.

plus volatil^ Tautrc plus fixe, la mef- mc différence fe trouue en leur Ame , ôc en leur corps. Tout metail donc quieftcompoîédetelsefprîcs vrayemenc fixes ( ce qui eft donne de particulier au feul Soleil ) a vnc grande force & vertu^par laquelle il combat mefme contre le feu , & par fa puiflance furmontc tous fes en- nemis.

La Lune a en foy vn Mercure fi- te y par lequel elle fouftient plus îonguement la violence du feu que les autres métaux imparfàitts y & la victoire qu elle remporte , monftrc aflez combien elle ell fixe > veu que le rauiffant Saturne ne luy peut rien ©fter ou diminuer,

La lafciue Venus eft bien colorée, Sctout fon corps n eft prefque qu^ teinture y & couleur sébbble à celle qu aie Soleil,laquelle à caufe de fon

Livre L a

abondance , tire grandement fur rouge , mais d'aucant que fon corps eft lépreux & malade , la teinture fixe n y peut pas faire fa demeure, mais le corps s'enuolant, necefTairc- ment la teinture doit fuiure , car iceluy periffant , l'Ame ne peut pas demeurer, fon domicile eftant con- fomme par le feu, n'apparoîffant & ne luy eltant laiffé aucun fiege , & refuge, laquelle au contraire accom- pagnée demeure tout auéc vn corpg fixe.

Le Sel fixe , fournît au guerrier Mars vn corps dur, fort, iolidc ^ robufte , d'où prôuient fa magnani- mité & grand courage. C'eftpour- quoyil eft grandement diflScile furmonter ce valeureux Capitaine, car fon corps eft fi dur, qu'à grand peine peut on le bleflcr : Mais ii quelqu vn msflé fa force & durecl

" B i;

3^ Av ANt^PROPOS.

auec la conftance de la Lune & la beauté de Venus , & les accorder par vn moyen fpiritucljil pourra fai- re , non point tant mal à propos vnô douce harmonie 5 par le moyen de laquelle le pauure homme s*eftanc fcruy à cet effet de quelques clefs de nollre Art , après auoir monté au haut de cette efchclle , & parucnu iuîques a la fin de Tœuure , pourra pariiculieremcnt gaigner favie, car îa nature phlegmatique & humide de la Lune peut eftre efchaufféc & defleîchée par le fang chaud & coie- rîque de Venus , & la grande noir- ceur corrigée par le Sel de Mars.

Il ne faut pas que tu cherches cet- te fcmence dedans les clemens , car clic n'eft pas fi efloîgnée de nous^ mais la nature nous Ta mife bien plus prés, & tu robtîcndras.fi ru re- ctifies telleméc le Mercure Je Soûl-

frc Se le Sel ( i*çnrends des Philofo- phes j que l'Ame , refpric & le corps ioientfibienvnis qu'ils nefepuif- fenc iamais quittcr^alors ferafaidllc vray lien d'amour, & fera baftie la maifon de gloire & d'honneur : Et fçachçs que t:out cecy n eft rien au- tre chofe que la clef de la vraye Phi- lofophic y femblable aux proprietcz celetles , ôcTeau fciche CQniointc auec vne fubftance tcrrcftre , toutes lefquelles chofes rcuiennenc tou- jours à mefmepoînd:^ comme n'c- ftanc qu'vne mefme , qui prend fon origine de trois , de deux , d vne. Si tu frappes ce bue & paruiens iuf- ques , fans doubte tu as accomply le magifteretîoints par après lepoux auec Tefpoufe , afin qu'ils foîent nourris de leur chair & fang propres^ & foient multipliez par leur femen- ce à l'infiny ,& cncores que par cha»

B iij

^S ÂV ANT -PROPOS.

rite îe voulufTe bien t'en dire daiian? tage de peur ncantmoins de pafler les bornes que Dieu m*a limitées. le n en parleray pas dauantage, ny plus amplement^craîgnant que Ton abu- fe des grands dons de Dieu j & que iefoisTautheurSc caufc de tant de iTîefchancetez quîfc commcttroiéc d'encourre Tire dîuîne , & ne fois condarnné auec lesmcfchans^ aux peines éternelles.

Mon amy, il ces chofes font fi ob- fcures que tu n'y puifTc rien com- prendre, ic t'cnféigneray encores ma pratique, par le moyen de la- quelle iayfaid^aucc Tayde de Dieu la pierre occulte ^ confidere dili- gemment , prcns bien garde aux douze Clefs5& les lis plus dVne fois, puis trauaille félon que ic t'ay în- îlruicfcj à la vérité elle eft vn peu ob- icure y mais aureftc fort exade.

I

i/lVRB ï. 35

Prcns de bon or^mcts le en pièces, & le dilToults comme enfeigne U nature aux amateurs de fciencc^ & le réduits en fes premiers principes, romme le Médecin a de couftumc de faire difTedtio d vn corps humain pour connoiftre fes parties intérieu- res, & tu trouueras vne femence qui çft le commencement , le milieu &c lafinderoeuure, de laquelle noftrc or & (a femme font produits , fça- uoir eft vn fubtil & pénétrant ef- prit,vne ame delicate,nette & pure. Se vn Sel & baufme des Ailles , lef- quels eftans vnis ne font qu'vne li^ queur & eauëMercurialle,

L'on mena cette eau au Dieu Mer- cure fon père, pour eftre examinée, & la voulut efpoufer , & de fait Tef- poufa, &: fe fît d'eux deux vne huillc incobuftible , puis Mercure deuint (i orgueilleux êc fuperbe , qu il ne

B iiij

^b Avant -PROPOS, reconnut plus pour foy viiefme;>n)aîs ayant içtte Tes aifles d*Aîgle,il deuo- rafa queuç glilïante d'vn dragon, & déclara la guerre à Mars^ incontînéc Mars ayant: affemble fa compagnie de cheuaux legers^fit prendre Mer- cure, le mit prifonnicr > & conftitua y ulçan pour Geollîcr de la prifon, îufcju'à ce qull fuft derechef deliurc par le Sexe féminin.

Tout auffi toft que le bruit fut fceu par le pays , les autres Planettes s'afïembjcrcnt & çonrultercnt de ce qui çitoît de faire dorefnauant, afin que tout fu(l gouuerne aucc prude- ce & niaturité de cpnfeil , alors Sa,- turne aueç vne grauité nomparçille commença en cette façon a dire le prcmîer.fon aduîs.

Moy Saturne Je plus haut des Pla-' îiettçs, cpnfefTe &c protefte deuanc you$ que ic {ui$ le moindre de tou-

tes y aynnc vn corps foiblc & corru- ptibîe,de couleur noire^fubjet à tou- tes les aduerfitez ce mlferable inonderCeft moy toutesfois qui ef- prouue toutes vos forces / pourcç que ie ne fçauroîs demeurer en vnç place, & m'enuoilant l'emporte tout ce que ie trouue de femblable à moy : le ne rejette la faute de cette mienne calamité fur autre que fur Mercure > qui par fa négligence & peu de fQing,m'a caufe tous ces mal- îîeurs : C'elt pourquoy ie vous pric^ & coniure toutes,dc prendre fur luy vengeance de cette mienne mifere> & pource qu'il cft defia en prifon^ que vous le rnettiez à mort , &c le laîfliez tellemét corrompre & pour- rir , qu il ne luy refte aucune goutte de fang.

Apres Saturne 3 fc vînt à leucr lu- J>ît.er tout chenu SccajSc de vieillefr

4^ Avant -proposa fejequel ayant fait la rcuerencc , & cftcndu fon fccptre^falua chacun le- lon fa qualité y 5c ayant faîâ: vne pe- tite prcface^louaVaduis de fon com- pagnon Saturne , & voulut que tous ceux qui ne trouucroicnt pas bonne cette opinion fuflent profcrîpts &c cxilez>&: ainfi finit fon difcours.

Par après s'aduança Mars aucc vue efpee nue diuerfifiee d'admira- bles couleurs ( vous culïiez dit qu el- le eftoit entrclaffée comme de mi- roirs iectans feu ôc flamme 3 à caufc des rayons efpars çà&là fortante? dlcelle ) &c la donna à Vulcan Geol- lier delaprifon y pour exécuter la , fentence prononcée > & réduire en poudre , les os de Mercure , après qu'il feroit mort : Vulcan luy obéît încontinent comme exécuteur de îufticc , preft à faire ce qu on Inj commanderoîc.

Livre ï. 4-s

Or après que Vulcan fe fuft ac- quis de fon deuoir , Ton vcit venir comme vne belle femme blan- che, ôcvcftuc d'vnhabitàfemmej long 5 de couleur grife & argenti- ne , cilTu&cntrelafie 4e beaucoup d cau'és , & aptes Tauoirles afliftans confiderée de plus près , ils connu- rent tous que c'eftoit la Lune y Ycù poufe du Soleil , laquelle feietta à leurs pieds , & après plufieurs fouf- pirs accompagnez de larmes, auec vne voix tremblante Sccntrecoup- pee de beaucoup de fanglots , pria înftamment que Ton deliuraft le Soleil fon mary , emprifonné par la fraude & tromperie de Mercure, qu'il faudroit autrement qu*il perift auec Mercure , ja condamne à mort parle iugementdes autres planettes: Mais Vulcan fçachant bien ce qu'il auoit à faire , & ce qui luy auoit eftc

4^ Avant-propos. ordonne.boucha roreîlle à fcs prie- rcs, & ne cefTa d'exécuter la fcnten- ce {ur Tes pauurcs crîminels^iufques à ce que vint Venus vclluë dVnc robbe bien rouge ^ doublée de vert, extrêmement belle de vifage , auec vnevoîx douce & courtoife., vnc contenance & façon de faire du tout agréable , portant vn bouquet de fleurs odoriférantes , qui à caufc de l'admirable diueriité de couleurs qu'elles auoiét^apportolent vnmer- ucilleux contentement aux hom- mes : Elle pria en langue Caldaïquc Vulcan, qu'il deliuraft le Soleil, & îcuft rcflpuucnir qu'il deuoiteftrc rachepté ôcdeliuré parle Sexe fémi- nin, mais tout cela pourneant^car il auoit les oreilles bouchéeso

Comme ils parloient enfemble, le Ciel s'cutirit / & en fortit vn grand anim^ suec , & vne infinité de

L IVRE L ^/

petits, lequel tua Vulcan,& à gueul- Ic ouucrtc deuora la noble Venus qui priokpour luy , & cria àliaute voix , lesremmes m'ont engendre, les femmes ont femc & cfpars par tout ma femencc , Se en ont rempljr le monde , Se leur amc eft vnîe auec moy y c'eft pourquoy aulTi ie viuray de leur fang ; ayant diâ: cela à haute voix, il fc retire, accopagne de tous fesperîts.&celafe fit par tant de fois que tout le monde en fut remply.

Tout cecy s'cftant pafle de la fa- çon, plufieurs doues gens du pays s'affemblerent & fc mirent cnfem^ ble à chercher le moyen de connoi- ftre ce myftcre, pour auoir plus par- faire connoiflance de ce fait , maïs ne s'accordant point enfcmblc^ils fe trauailloient pour néant , iufques à ce que Tonveit venir vn vieillard, qui augit la barbe & cheueux aufïi

4^ AvAKT-î>RO?OS.

blancs que neige , il cftôit veftti d'efcarlatte depuis les pieds iufque^ àlatefte/auec vne couronne d'or, fentrelaffce de pierres preciéufes de grand valeur. En outre il cftoit ceint dVnc ceinture de toute gloire &c bon--heur;,& marchant nuds pieds, il parloir par vn fingulier efprit qui çlloît en luy.fes paroles penetroîcnc tout fon corps^ & de telle façon que fon Ame s'en fenroit , cet homme s'efleuoit vn peu plus haut que les autre , Se faifoit faire filence aux aflîltls,& pourcé qu'il eftoit ènuoyé du Ciel pour leur déclarer & expli- quer par difcours phvfique la fuldî- îe parabole & énigme , il les admo- neftoit de prefter les oreil les ouuer- îcs , & Tefcouter patiemment.

Ayant donc obtenu filence , îï commença aînd {on difcours > Ef- usiiie coy peupU mortel, èc regar*

Livre 1. ^^

èit la lumière , de peur que les ténè- bres & obfcurkez ne te trompent^ les Dieux du bon heur , & les grands Dieux m'ont reuelé cecy en dormât? o qu'heureux eft celuy qui a les yeux efclaîrez pour voir la lumière qui luy cftoit cachée auparauant , il s'cft leue par la bonté des Dieux deux eftoilles aux hommes , pour chercher la vraye & profonde fa- gefle: regarde les & marche à leur clarté , pource que l'on y trouue la fagefTé.

Vn oyfcau Méridional vîfte & lé- ger arrache le cœur du corps d'vn grand animal d'Orient, Tayanr arra- che le deuore, baille aufli des alfles à l'animal d'Orient afin qu ils foienc femblables ^ car il faut que l'onoftê âla befte Orientale fa peau de Lyon, & que derechef fcs âiflcs difparoif- ient , & qu'ils entrent dans la grand

4^3 AvA»T-pROî»OS.

mer faléc , & en forteni: derechef, ayant pareillebcaute ; alors iette fcs cfprîts remuans dans vn puits bien creux ouTeau ne tariffe iamais^ afin qu ils luy foicnt rendus femblables, comme leur mère qui y eft cachée, &: en a efté composée, & pris fa naif- fance des trois.

L^Hongrie m'a premièrement engendré , le Ciel ôclesAftres me nourrîffent, la terre m*alai6tc : Et bien que ie meure & fois enterré , îc prens ncantmoîns vie &c naiffance parVulcan, c'eftpourquoy THon- gric cft monpays^&la terre qui con- tient toutes chofes eft ma mere:Les alTiftans ayans entendu cela, il com^ mença cncores à parler.

Faids que ce qui eft deflfus foît deflous^quc le vifible foit inuifible, le corporel incorporel , & faiârs de- rechef que ce qui eft deffous foit

dclTus,

Livre L 4.^

deflus , rinuifiblc rendu vîfibic , & 1 incorporel corporel? & de cela dé- pend entièrement toute la pcrfc- élion de TArt , ncantmoins ha- bite la mort & la vie , la génération & corruption ; c'cft vne bouUc ron- de où (c tourne Tinconftante roue de fortune , & apporte aux hommes' diuins toute fagcfle & b6nhèur> l'on rappelle de fon propre noiri toutes chofes; Dieufeul toutesfoii èrtfounerain^St afeul commande- inent fur les chofes éternelles.

Orccluy qui fera curieux de fça- noir ce que c'éft que toutes cho- fes dans toutes chofes , qu'il face àla terre de grades aifles^&larenco- gne & prcfTe tellement quelle mon- te en haut Se vole par delTus toutes les montagnes , îùfquès au firma- ment, alors qu'il luy couppeles aif- ks à force de feu^afin qu'elle tombe

C

50 AVAKT-PRO^OS.

dans la mer rouge & s*y n'oye, puis faee calmer la mer , ôc delTeiche Tes eauës par feu , & par air, afin que la terre renaiffe.&enveritë il aura tout dans toutes chofes , & s*il ne le peut trouuer^, cju*il regarde dans fon pro- pre {em, &c cherche & vifire tout ce qui eft alentour de luy , & en tout le monde/il trouueratouc dans tout ce ce qui n elt rien autre chofc quVne vertu ftipiique & allringente des métaux & minéraux , prouenans du Sel & du SouUre, &c deux fois née du Mercure : le te iure que îe ne fçaurois te déclarer plus amplemient toutes chofes dans toutes chofes, V€u que toutes chofes font comprî- fes en toutes chofes.

Ayant aeheué ce difcours , me^ amis ( dît-il )ie croy qu enatrendât aînfi lafagefle , vous auev: appris &c coUige de cette mienne harangue >

Livre L /i

Se quelle maticre,&par quel moyen vous deuez faire la Pierre precîcufc des anciens Philorophes : Or cette rioftre Pierre neguaritpasfeulemét les Métaux lépreux & imparfaits, ôc par régénération les reduidl èc tonuertit en vne nature du tout accomplie j mais aufli conferuant la fante des hommes ^^les faiél vîuré longuement : &par fa celeftc ver- tu m*a conduid: à telle vieillelTe

' que m'ennuyanr de viurc (i longue- ment ie voudrois def- ja quitce'r monde. ADieu enfoitlaloiiano;e . Thon-

\ iieur, la vertu , la gloire , aux liecles des fiecles , pour la grâce & fagefle qu'ilyafi: long-temps quM m'adc fa libéralité donnée. Ainfi foit-il.

Ayant dit cela, il difparut de leurs I yeux Se s*enuolla en l'air. Ces chofes cftanc paffées de la façon /chacurï

Sz Avant -PROPOS, s'en retourna d il cftoît venu , & banda tout chacun fon cfprît , & cpcra félon la fagelTc que Dieu \ay auoit donnée.

pin de l^Juam-frofos & fremier Liun.

CLEF-I.

LIVRE SE-

COND CONTENANT

LA i^REMIERE CLEF DE

l'œuurc des Philofophcs.

CHAPITRE L

De la préparation de la première matière.

Caches mon amy , que tous corps immondes & lépreux ne font propres a noftrc œuure, car leur lè- pre & impureté , non feulement ne peut rien produire de bon. mais auf- cmpefchc que ce qui eft propre puifle produire. Toute marchandife de marchand

jf-f Lesdovze Clefs tirée des minières eft vendue chacu- ne à fon prix; mais lors qu'elle eft falfifiée, ellecltréduëinutile^pour- qu'elle eft gaftee , &n ellantpas femblable à la naturelle, elle ne peuc faire les opérations deues.

Comme le Médecin purge le de- dans du corps&nectoye de toutes les ordures , par les médicaments, tout demefme aulTi, noscojps doiuenc eftre purgez & nettoyez de toutes leurs impuritez, afin quen noftre génération, ce qui eft parfaicl puif- fe exercer des operationsparfai6tes, car les iages demandée vn corps net^ point fouillé ny contaminé par la prefence d'vn corps impur , pource quelemeflange des chofcs eftran- geseftlaleprcSc la ;deftruâ:ion de nos métaux.

Que la couronne du Roy foit d'or ?^ef-pur , ôc q^ue Ton luy ioigne h

Livre IL //

ehaftc erpoufe.Sidonc tuveux opé- rer en nos matières, pré^ vnloupaf- ùmé Se raiûffant , lubjet àcaufe de recimologie de Ton nom au guer- rier Mars^mais de race tenant de Sa^ turne, comme eftant fon fils.

L'on le trouue dans les vallées & montagnes toufiours mourant de fin; letceluy le corps du Roy ^ afin qu'il s'en fouUe , après qu'il l'aura mangé iettes le dans vn grand feu pour y eftre du tout confommé , &c le Roy fera deliure* Apres que tu au- ras fait cela trois fois ^ le Lyon au- ra du tout furmonté le Loup, èc le Loup ne pourra plus rien confumer du Roy, & noftrc matière fera pré- parée &c prefte à commencer Vein- ure.

Et apprends que ce n'eft que par ce chemin que l*on peut opérer ms naatierçs pures , car ron lauç èq

jfg LES DOVZte CLEFS,

f)urgc le Lyon du fang du loup , &: anaturedu Lyon fe dcledle mer- ucîUeuiemcnt en la teinture du Loup , poupcc qu'il y a vne grande aâSnite & comme parentage entre le Tang de lyn & de l'autre ; Qiiand donc le Lyon fe fera foullë & fon ef- prit forrific/esyeux reluyrontôc ef- daireront comme le Soleil <, & fera fa force intérieure bien grande &de grand profit &c ytilîté à tout ce que vous voudrez, & après qu'il aura çfté deuëment préparé , fçruirade grand remède aux Epîleptiquçs , ôc autres détenus de griefue maladie ; &dix lépreux le fuiurotvoulant boi- re de fon fang y & tous ceux qui font malades , quelque mal qu'ils ayent, fe plairont grandement en fon efprît : Bref tous ceux quibeu- rot de cette fontaine decoulate d or feront rendus ioyeux de coips ôc

L 1 y R E 1 1. S7

d'erprît/iouy ront d vnc fante parfai- ile, fentiront vn reftabUffemcnc de leurs forces , reftauratiô de fonfâo; contorcemenc decœur, & entière dirporition de tous leurs membres, tant au dedans qu'au dehors^pourcç quelle conforte les nerfs, &ouure les conduits pour chaffer les mala- dies , & introduire en leur place la fanté.

. Mon anay, prens garde diligément à ce que la fontaine de vie foit tres- pure^&nefcmeflequ'elqu autre eau çftrangerc aucc icellc, de peur qu*il ne s'engendre vn monftre, & que le falutaîre poifTonne fe change cnvc- nimeux poifon , & (iTon a adîouftc quelque eau forte & corofiuc pour diiToudre les matières, que Ton To- fte , & que Ion Taue diligemment toute force corrofiue^car nulle acri- înpnie & corrofion neft propre à

/8 LES DO VZE CLEFS,

donner la fuitte aux maladies, pour- ec qu'elle pcnecre,mais auec deftru- (Stion & corruption du fubiet,& en- gendre bien dauatage de maladies^ &: combien que Ton puiiTe pouffer vne chcuille par vne cheuille , de mefme il nous faut chaffer le poifon par le poifon , il faut neatmoins que noftre fontaine en foit totalement purgée , &c du tout rendue exempte de corroiion.

L'on couppe tout arbre qui n'ap- porte pas de bon&: odorifcrâte fruic &: on ente fur le tronc vne meilleu- re greffe, cela faid' le tronc produit vn rameau , & de fe fait vn arbre lru£tifîac/elon le dcfir du iardinier.

Le Souuerain^ vov.ige par fix vil- les ceieites, ilfaicbf^ i jiidcareeala iepriefne, pource que fon paUis Royal y c'a orné &c cin!-'''^ ^^-r ^ dq balViments dorez.

Livre. IL 5^

Si tu entends ce que îe viens de dire 5 tu as ouuert la première porte de la prc\iilereClef,& as paffé îapre- miere barriere^mais fitu nyvoy en- cores n;outte»& ne vois aucune clar- téy tu auras beau manier & regarder le verre, celane te feruira de rien^ôc ne t'aydcra aucunemét la veue cor- porelle , pour trouuer a la fin ce qui te manque au commencement , car le ne parleray pas danantage de cet- te Clef, comme m'a cnieigné Luce Papir

ms

LIVRE SEC ON D,

contenant la féconde Clef de Iceuure des Philofophes.

Chapitre second

L

'Ontrouue dans les Cours des Princes diuerfes fortes de boi-

éo Les dovze clefs, ftcs & brcuuages, & ny a pas vit fcmblable à l'autre , en odeur , cou- leur&c gouft,car ils {ont préparez cl<s dîuerfes façons: &toutcsfois à di- ucrfes fins,&etl necclTairc pour en- tretenir &c bailler à diuerfes fortes de gens.

Quand le Soleil darde & efpand [es rayons par entre les nues, l on dit fommunement^le Soleil attire à foy Teau, ceft pourquoy nous aurons de la pluye, & fi cela fe fait fouuent, il s'enfuit prcfque tpufiours vne an- née fertile.

Pour baftirvnfuperbc^ magni- fique logis Ton a befoingde beau- coup d'architc£tes ^ &: néant moins deuant qu'il fpîtacheué & embelly comme il faut, car le bois ne peut pasfuppleer audeffautde pierre.

Les pays contîgus & proches voi- sins de la Mer font enrichis par le

Livre IÎ. 6i

flus5c réflus d'iccUc^caufé par la fîm- pathie Se influence des corps ccle- ttcs , car à chaque rcflus elle ne leur ameine pas peu de biens, mais gran- de quantité de pretieufes richefles.

L'on habille vne fille à marier de beaux & riches veftemens, afin que fon efpoux la trouue belle , & U voyant ainfi parée , en deuienne a- mourcux , mais quand ils doiuenc coucher enfemblc.l'onluy ofte tou- tes Tes fortes d'habits,& ne en lailTe- on pas vn que celuy qu'elle a appor- té de fa naiffancé, & du ventre de fci merc.

Tout mefmc aufli quand on doit marier noftre eipoux Appollon à fa Diane; l'on leur doit faire diuer- Tes forces de veftcmens , leur laucr diligemmét la tefte , ôc m.efme tout le corps ,auecde Teau qvz'il faudra |)reparc]r au^ beaucoup de didil-

(*% LES DfOV^tE CLÉ F S,

lacions , car il y a de plufieurs fortes d'eauës, pource que les vues s5t plus excellentes, Scies autres moins, ôcfe- lon que le requiert leurs diuerfes v- fages prefque tout de mefme, com- me i'ay dit que Ton fe fert de diuer- fes fortes de breuuagcs es Cours àzs Princes & Seigneurs.

Et fçachc que fi quelques va- peurs & nuages s'efleuenc de la ter-- rc>& s'amatTent en l'Air, qu'elles re- tombent à cau(e de la pefanteur na- turelle de 1 eau,& que la terre reçoî-^ ue derechef fon humidité perdue^ de laquelle elle fe dclcdle & nour- rit ^& par laquelle elle eft rendue plus propre à produire fon fruidt : c'eft pourquoy Ton doit réitérer {zs préparations d'eaues par beaucoup de diftillatîons \ de façon que la ter- re foît fouuent imbue de fon hu- meur. Se telle humeur autant de fois

t I V R E IL 6^

drec^comme TEuripe laîfTc fouuent la terre à fec,&puis y retourne touf- îours iufques à ce qu il aye achcué fon cours ordinaire.

Quand donc le palais Royal fera bafty auec bien de 1 a peine , & paré auec grand foing , & que la mer de verre l'aura par fon flux &c reflux en- ricliy de beaucoup de richeflcs, Roy y pourra feurement entrer loger.

Mciis, monamy^, prends garde que ne fe face la coniondîon du marié auec fon efpoufc;» qu'après auoirofté tous leurs habits & orne- ments, tant du vifage que de tout refte du corps^afin qu'ils entrer dans le tombeau aufli nudscomme quand ils font venus au môde^ de peur que leur demeure ne fe rende pire.ôc ne garte par le meflange de quelque chofe étrangère.

64 Lés DaVZE CFEBSi

le te veux encore apprendre ce- cy y comme par deflfus , que la pre- cieufe eau de laquelle il faut lauer le Roy>fe doit faire kuec grand foîng & induftrie , par laluitce & combat de deux champions ( l'entends de deux diuérfes matières) car l'vn deux doit donner defE à Tautrc, pour fcrendre plus prompts & en- couragez à remporter la victoire, car il ne faut pas que 1 Aigle feul fa- ce Ton nid au fotnmet des Alpes i pourcé que fes petits mouroient à caufe dés Neiges qui couurent le haut d'icelles : Mais li tu îoînds vn' horrible drago qui efi: toufiours dâs lés cauernes de laTerre,& a efte ho- fte perpétuel des Montagnes froi- des ^ &couuertes de neige , Plutort fouffiera de telle forte , qu*cn fin il chaflfera du froid dragon vn efpric Volant &c ignée ^ qui par la- violence

de fa

I

Livre IL 6}

de fa chaleur bruflera Ics-aiiles de TAiglc y &c ietcera vne chaleur par fi long temps, que la neige qui cft au haut des montagnes (oit fondue &reduiâ:e en eau , atindcbienôc: deuëment préparer vn bain mine- rai propre &c grandement fain au Roy.

TROISIESME CLEF DE

Tœuure des Philofophes.

Chap. II L

LE feu peut cftre cftouffe Se eftrainâ: par l'eau, & beaucoup d'çau verfce fur vn peu de feufe réd maiftreffe dlcekiy^ainfinollre Soûl- fre ignée doit eftre fai£l, modéré, vaincu & obtenu par Te au deuëmét, par après fa force ignée furmonter

D

66 Les DOVZE CLEf5,

& dominer les cauësferetirantrMaîâ kon ne fçauroit icy remporter la vi- doîre^fi le Roy n'a empreint fa ver- tu &: fa force à fon eau, & ne luy ayc baille vne clef de fa liuree &c couleur Roy aile, pour par elle eftre diifoultA & rëdu inuifible , il doit neantmoins derechef paroiftre& venir à veuërEc bien que cela ne fe puiflTe faire qu a- uec dômage &: leziondefoncorps^ cela fe feratoutesfois aucc augmen- tation de fa nature tSc vertu.

Vn peintre peut mettre vnc au- tre couleur fur vn blanc iaulnaftre, vn iaulne rougeaftre & vn vray roua- ge & bien que toutes fes autres cou- leurs demeurent enfemble ^ la der- nière neantmoin^ eft ] a plus en veuë, & tient le premier rang par deffus les aiitres : Il faut faire de mefme en noftre magiftere , quand tu Tauras faid/çaches qu'il s'eft Icué la luçaic-

Livre II Sf

ît de toute fagcfle , qui rcfplcndîc mcfme dans les ténèbres , &c toutes- fois ne brufle pas & n eft pas bruflée, car noftre foulfre ne brufle pas Se n'eft pas brufle, encores qu'il efpan- de & darde fa lumière bien au long^ & ne teint point s'iln'eftauparauanc préparé, & teint de fa propre teintu- re, pour par après pouuoir teindrd les métaux malades S<:imparfai(5ls i Et ce foulfre ne peut teindre fi Ion ne luy baille & empreint viuemenc cette couleur, car jamais le plus foi- ble ne remporte la victoire , pourcc que le plus fort luy ofte , & le plus foible eft contraind de la quitter au plus fort.

Parquoy , tire de ce que îc t'ay dict , cette confequenceque le foi- ble iamais ne peut rien forcer nyay- i der le foible , & qii'vne matière cô- [ buftible ne peutprcfcruer d embrg-

«? Les dovze clefs, fement vne autre comme elle corn- buftible : Si Ton a donc befoin de prutefteur pour deffcndre la matiè- re combuftible ^ tel protefteur doîc nccefiairemenc auoir plus de force & de vertu que fa partie qu'il a à defFédre, & eftant hors de tout dan- ger d'incombultion doit par fa ver- tu naturelle viueméc refifter au feu : Quiconque voudra préparer noftrc foulfre incombulVible qu ille cher- che dans vne matière oùileft în- combuillbîement incombuftible : Ce qui ne fe peut faire deuant que la mer falee aye englouty vn corps. Se îceluy reietté , qui foit fublimé îufques à tel degré qu'il furmontc de beaucoup en fplendeur les autres Aftres , & Ion fang foit tellement augmété &perfedionné, qu'il puif- fe> comme le Pélican bequetant fa poidrine fans faire aucun tort à fa

Livre II. 69

fante ^ 6c fans aucune incommodi- té des autres parties de fon corps* nourrir de (on fang propre tous fes petits : Cell cette Rofée des Philo- fophes^de couleur pourprine, &c ce fang rouge du dragon , duquel ont parle & efcrit tous les Philofophes 2 C'eft cette efcarlate de l'Empereur de noftre Art.de laquelle eft couucr- te la Royne de falut > Se ce pourpre duquel tous les métaux froids & im- parfaids font cfchauffez & rendus du tout accomplis.

C'cft ce fuperbe manteau , aucc le fel des Aftrcs > qui fuit ce foulfrc ce-- letle , garde foigncufement de peur qu'il ne fe gafte y &c les faid voiler comme vnoyfeau, tant qu'il ferabc- foin3& le Cocq mangera le Renardj &c fe noyera Oc eftouffera dans Teau, puis reprenant vie par le feu fera

D iij

70 Les dovze clefs, (afin de îoiier chacun leur tour ) d^* ixoré par le Renard.

fiy ATRlESMECLEfî

de l'ceuure des Philofophes.

Chapitre IIIL

TOute chaîr née de la terre fers difloulte, &C retournera en tcr- rc,afin que ce fçul terrellre ayde par Tinflucnce des Cieux, face leuer vn nouueau germe y car s il ne fe faiét aucune terre , il ne fe pourra aufïi faire aucune refurreétion en noftrc peuurc.pource que le baulme de na- ture eft cache en la terre , comme auiTi le Sel de ceux qui y ont cher- ché la connoiflTance de toutes chofeso Au iour du iugement le monde fera iugé par le feu , ôccequiaefté

ci.i;f. iv

J.SohilU. fe.

Livre II. 71

faîd de rien , fera par le fcuicduiâ: en cendre, de cette cendre renaiftra vn Phœnix, car en icelle efl cacheie vray tartre , duquel eftanr diflbuk Ton peut ouurir les plusfortes ferru- res du palais Royal. ! '^b ^

Apres rembrafement gênerai, il fc fera vne nouuellc terre , ôc de nouueaux Cieux , & vn homme nouueau , bien plus fplendide 6c glorieux qu'il n'eftoit lors qu'il vî- uoît au premier mondc.pourcc qu il fera clarifié.

De cendres & de fable dccuît au feUjfe fait par vn verrier, du verre à l'cfpreuue du feu,& de couleur fem- blable à de claires pierreries , & l'on ne Teftime plus pour cendres^l'igno- rant attribue cela à grade perfcdio, mais non pas Thomme dode , d'au- tant que cela luy eft par la longue expérience &c connoiiTancc quil en

P iiij

f2, LEs'èoVZE CLEF5,

ri rendu trop familier & couftumîer. L'onclia4açreles pierres en chaulx propre à beaucoup de choies , Se deuant que la chaux foit faîce par le moyen du feu 3 ce n'cft autre chofc que pierre, de laquelle on ne fe peut feruir auiitfade chaux 3 mais elle fe cuit par le feu^ &receuant de luy vn liaut degré de chaleur , acquiert vne telle vertupropre que refprît ignée de la chaux eft venu à fa perfe Aion, quil n'y arien qui luy puiffe eftre

accomparé

Toute chofe reduide en cendres monftre vS^ met en veuë fon Sel : Si tu fçais enta dilTolution garder fepa- rément fonSoulrre &fcn Mercure, & d*icciix redonner auec induftrie ce qull faut donner au Sel, il fe pour- ra faire le mefme corps que deuanc fa diffoluticntCe que les fages de ce monde appellent folie ^ & reputent^

L I V R E 1 1. 7J

àmenfoBge , &c crient qu'il eft îm- poflible à l'homme pécheur de faire vne nouuelle créature , ne prenant pas garde que c'a elle auparauant vne créature , & que Tartiftc faifant demonftratîon de fa fcicnce , a feu- lement multiplie la femencc de la nature.

Celuy qui n*a point de cendres ne peut faire de Sel propre à noftre œuure , car elle ne fçauroit fe faire fans Sel , pource qu'il n y a rien que luy qui baille de la force à toutes chofes.

Tout ainfi que le Sel conferue toutes chofes, ôc les contregarde de pourriture^de mcfme le Sel desPhi- lofophes deffçnd & preferue tous les métaux quils ne puiiTent eftre du tout delT:ruiâ:s oureduids rellemét à néant , qu'ils ne fe puîffent dere- chef faire quelque chofe^fans quefc

74 Les bovze cle?s, meure auffi lebaulmc &refpritcîu Sel qu'ils ont^car en ce cas il demeu- reroic feulement vn corps mort qui ne pourroitplus feruir à rien , pour- ce que les elprits mctaliques le quit- teroient,lefquels eftans oftez & per- dus par la mort naturelle , lairroient leur dom/icilevuldeôc mort, &: au- quel Ion ne pourroit plus remettre

de vie.

Mais^mon amy/çaches que le Sel prouenant des cendres a pour le plus louuent vne vertu occulte ,il ne peut neantmoins (eruir de rien Çi fon de- dans n'ell tourné au dehors^^car il n y aquel'efprit qui donne la vie & la force î Le corps ne peut riçnfeul : Si tu peux trouuer cet efprit , tu auras le Sel des Philofophes , Se Thuil- le vrayement incombuftible tant renommée dans les liures des an-- cicns f^ges.

CLÏ^F. V.

Livre II. 7/

Si deuifansamoy le nombre tudoU" Mois, Si quauec eux m emporter tu njoulujfe^ Peu toutes jois de Sages trouuerois êlui ma 'vertH & ma force connujfe.

CINQVIESME CLEF DE

1 œuure des Philofophcs.

Chapitre V-

LA vîc qui cft cachée dans la ter- re produit chofes qui prennent naiflance d'icellc , quiconque donc diA que la terre n'eft point animée, çft menteur, car ce qui eftmortnc peut rien doner à vn viuant , & n'eft fufceptible d'aucune chofe , pourcc que l'efprit de vie s'en eft enuollé Se diflipé : C'eft pourquoy Teiprît cft la vie &c Tamc de la terre , il de-

I

7(î Les dovze clefs, ineure & acquiert fes vertus em- praintes à la nature tcrreftrepar Te- the celefte & proprîetez des Aftres: Car toutes les herbes, arbres, raci- nes , métaux &: minéraux reçoiuenc leur force 6c nourriture de Tefprit de la terre , pource que ceftlavie que cet efprit qui ell nourry des Aftres ,& fubftante toutes chofes qui I croiilent fur la terre : Et comme la mère nourrit elle mefme Tcnfant qu'elle porte dans fon ventre , de mefme la terre produid & nourrit de 1 çfprit dîlTolu du Ciel les mi- néraux qu'elle porte dans fes en-^ | trailles.

C e n'eft donc pas la terre quibaiî- le les formes à chaque nature , mais Pefprit de vie qu'elle contient: Et fi elle eftoic vne fois deftituée de fon efprit, elle feroit m.orte^ &c ne pour- ront donner aucun aliment , pourcq

Livre IL 7/

qu elle manqueroic de Tefprit de fon Soulfre qui conferue la v crtu vi- tale j & qui de fa vertu fai6t germer toutes chofes.

Deux chofes contraires demeu- rent bien enfemble, ils ne fe peuuéc neantmoins bien accorder , car vous voyez que mettant le feu dans la poudre à canon^ce s deux efprits def- quels elle eft compofée fe feparent r vn de l'autre auec vn grand bruidt tSc violence, & s'enuolant en l'air ne peuuét plus cftre veus de perfonne, &nefçait-on ouils font allez, & ce qu'ils font deuenus^fi l'on n'a appris quels ils font, tSc en quelle matière ils eftoient cachez.

Par tu connoiftras que la vie n eft qu vn pur efprît , c'eft pour- quoy tout ce que l'ignorant eftimc eftremort^, doitvîured'vnevicin- comprehéfible y vifible neantmoins

7? Lbs dovze clefs> Se fpîrituelle, & eftrc eniccllc con- ferue : Si tu veux que la vie coopère auec la vie ^ ces efprits font alimen- tez & nourris de rofee du Ciel , & prennent leur extradiond'vn eftrc celefte élémentaire &c terreftre, que l'on nomme matière fans forme.

Et tout ainfi comme le fer attire à foy faymât par la fympathie & qua- lité occulte qui cft entre eux deux, de mefme il y a dans noftrc or de Taymanc qui eft la première matiè- re de noftre pierre precieufc : Si tu entends cecy , te voyla alTez richc^ & heureux pour toute ta vie.

le te veux apporter encorcsvne exemple dans ce chapitre,regardans dans vn miroir l'on voit la refleition des efpeccsja mefme relfemblance de celuy qui regarde , & fi celuy veut toucher de la main fon image, il ne couche que le miroir qu'il a re-

Livre II. ^^

garde,, tout de mefmc aufîi l'on doîc tirer de cette matière vn efprit vi- fiblc quifoit neantmoins încomprc- hcnfiblc : Cet efprit cft la racine de I vie de nos corps , & le Mercure des Philofophcs , duquel l'on prépare induftricufement la liqueur de no- ftre artjque tu rendras derechef ma- térielle,. & feras paruenir par cer- tains moyens dVn degré tres-bas , à vnc fouuerainc perfection d'vne plus parfaire médecine : Car no- ftrc commencement cft vn corps bien lie ôcfolide , le milieu eft vn fuyant efprit & vnc eau d'or fans au- cune corrofion^ par le moyen de la- Quelle les fages iouiffentde leurs de- iirs en cette vie : Et la fin cft vnc médecine bien fixe , tant pour le corps humain que pour les corps mctalîqucs , la connoiflance de la- quelle a efté pluftoft donnée aux

8o Les dovze clefs^ Anges qu'aux homines , bien que quelques vns l'ayenteuë, qui l'onc demandée inftamnicnt èc auec priè- res continuelles à Dieu, & n'vfenc cnuers luy &c les pauures d'ingra- titude.

Et de furcroift îe te dits cecy auec vérité, qu'vn trauail doit fucceder à vn trauail , &: vnc opervUion fuîurc Tautrc , car au commencement Ton doit bien purger &c nettoyer noftrc matière 3 puis la difToudre, mettre en pièces y & réduire en pouldrc , & en cendreS;, par après s'en doit faire vn cfprit volatil aulTi blanc que nei- ge, & vn autre auflî volatil &c aulïi rouge que fang , ces deux en con- tiennent vn tiers > &c ce neft tou- tesfois qu vn feul efprit , ôc ce fonc eux trois qui conferuent & prolon- gent la vie : Conjoindts les enfem- blc , ôc leur baille vn boire ôc man-

crer

Livre IL . gt

ger propre à leur nature, & les tiens en vn lit de rofee^ & qu'il foie chaud iufques au terme de la génération; Et tu verras quelle fciencet*a don- ne Dieu & la nature : Et fçachcs que iamais ie ne me fuis t^nt ouuert ôc alleiiloing^que de defcouurîr tels fecrets,&: Dieu a plus donne de for- ce & de miracles à la nature que pas vn des hommes à peine paiflTe croi- re :Mais il m'a efté donne certaines bornes & limites pour efcrire, afin que ceuxqui viendroient^pres moy peuflent publier les effeds admira- bles de la nature , Icfquels bien que Dieu permette d en traiâ:er ^ foricf neantmoins/par les ignorans & în- fenfez , eftimez illicites & fupe^ia- turels :Mais le naturel prend fon ori- gine du fupernaturel , &toutesfoîs fi tiiconioinâs toutes ceschofesta

Si Le». DOVZE CtEFS,

ne trouucras rien que purement na- turcL

SIXIESME CLEF DE lœuurc des Phîlofophes»

Chap. VL

LE maflc fans femelle n'cftqu'vii dcmy corps , comme auffi h femelle fans mafle , car eftanc Tvii fans l'autre , ils ne peuuent pas en- gendrer &c multiplier leurs efpeccs, mais quand ils font mariez & mîg cnfcmblc , ils font vn corps parfaidt «5c accomply , &c propre à la gênera- lioq^

Vn champ par trop cnfemcnfc cft rédu furchargc & intruftacux, & fes fruiéts ne peuuét parucnir à maturi- té^ ne l'eilât pas auiïi aÛex^il ne yienif

CLEF VI

Livre IL $^

qucbic peu de graîn,& cncorcs méf- ie auec beaucoup d'yurayc inutile.

Le marchand qui veut acheptcr &c débiter fa marchandife aucc con- icîcnce , la baille à fon prochain fc - Ion le eaux de iufticc , de peur d'en- courir la malediâiion , mais pour fcmbler faire plaifir aux pàuures.

Beaucoup de monde fc noyé dans les grandes & profondes rîuiercs, mais àufli les ruiueaux fontaifcmcnt taris ôcdelTeichez par la chaleur du Soleil & nousenfommes aifemcnc priucz.

Voyla pourquoy afin d*auoîr bonne îlfuc de ton entrcprife ^ t* prendras garde diligemment à choî- {îr aucc prudence , vn certain poids &mefurc en la conion^tiondcsli- qucurs Phifiques , afin que Icplus grand ne poife pas plus que le moin- «rc^ &qucftantra(a:ion dumoîun

^f L E s D O V Z E CLEFS,

dre débilitée ou em pe fchée , la ge - neratio/x ije fok auffi recardée :, car les trôfv grandes pluyes ne font pas bonngjaux truids de la terre , ôc la trop grande feçherclTe lesaduance par troptolt , &:lesfai6t mourir de- uanc le^temps;Puis le bain ctlant en- tîereiiien^j preparé,,\par Neptune i I mefiu'e auec^gra(Çide înduftrie & di- ligencc: ton eau permanente y &c prends bien garde à ne faillir , en donn^rifit ou trop ou trop peu. ...Lon- doit bailler à manger vn Cîgne blanc à Ihomme double igneciafin qu*ils fe tuent T vn l'autre, &refùfcitécl\n quant &:rautre,quc iVir qui vient des.quatre parties du monde occupe les trois parts du lo- gis ferme de cet homme ignc , afin que l'on puiffe entendre la chair du Cigne , dilantfon dernier adieu y Se 1 IcCignc rofty fera pour la table du

Livre IL "-^ S5 Roy : Et la V0ix melodîcûfc de la Pvoync plaira grandemét aux oreil- les du Roy igné , il rcmbràiTcfa amiablemcnc pour la grande affe- âîon qu'il lùy porte :, & fera rcpeu d'icelle iufqucs a ce qu ils difparoif- fent tous deux , & d'eux deux ne foit fai(9: qu'vn corps. "'- -'-"

Vn feul eft aifement vaincu & fur- monte par deux autres^ notamment s'ils peuuent exercer leur malice'; propofe toy donc cela comme vnc chofc du tout arreftée ^ quileftbc-- foin du fouffle dWn double vent que l'on appelle Vultume ou Sud fudejl y puis dVn vent fimple qui fe nomme Eurus ou ^vent de Ltuant & du Adidy, aptes qu'ils fe feront rapai- fcz , & l'air conuerty en eau tu croi- ras àbo droiâ: qu'il fe feravne cho- fe corporelle d'vne incorporelle, & que le nombre prendra la domina-

E iij

ta Les dovzk ciep.s t?ion furies quatre faifons de l'anne'c âuquatriefrneCiel > après que les fept Plinçtces auront Vvnc après l'autre faiâ: le temps de Içur domi- nation qu'il açheuera fon cours dans le bas du Palais , & fera rîgoureufc- ment examiné , & aînfi les deux auront furmonté & mis à mort le feul.

Il eft icy requis vnc grande pru- dence & doûrinc^fi tu defire acqué- rir par ton art de grandes richcUes, afin que fc face deuëment la dmi- fion & conîon£tion ; Ne mets pas vn poids faux , S^îc premier qui fc rencontreront par hazjird deuant toy : Maïs c'cll icy le vray pilier & fondement de tout le magillere, que tu mettes à fm & perfection ce chapître^parlcCiel de Tart^par l'air, &:la rcrre^vrayc eau &fcu femblable jSf par cpniondtîon Sca^imllïion de

^' ipli

If^

^u

""..M^^

3

'Xiju

CLE.F. VU.

Ulh.-f^.

poî(ls,mirc comme ic t'ay fiucc tou* tcvcritccnfcigné.

SEPTIESME CLEF DE roeuurc des Philofophes,

Chap. vil

LA chaleur naturelle confcrue la vie de l'homme , eftanc iccllc diffipce & perdue , ileft de neceflitc qu il meure.

L'vfagc modère du feu nous def- fend des inlures du froid , mais fi tu en veux vfer outre raifon & plus qu'il ne faut , il nuit & apporte de la corruption.

II n'eft pas bcfoin que le Soleil touche la terre de près de fon corps fubftance , mais il fuflSt qui luy communique fa vertu & luy don-

E ai)

il Les £)X)vzs clefs, XK dos tVfes ; par le moyen de Tes rayons dardez en terre ^ car par leur refleûion, il a aflczde force pour s'acqiiicterdefachargej&parlacon- tinuelle conccûion faitnieurir tou-^ tes chofes^pôurce que Tes rayons îet- tcnz flammes j fe difperfant par Taîr font: par îceluy tempérez, de forte que le feu , moyennant laîr ^ & l'air moyennant le feu , s'entr'ayment l'vn l'autre produifant leurs effeds. La terre ne peur rien produire fansfeau, nyfcau fans la terre ne peut rien faire germer:Or tout aînfi que l'eau & la terre ne s'cntr'aydant point ne peuuent rien engendrer fe- parément , demefme le feu ne fe peut pnfTer de Tair , ny l'air du feu, car oftant l'air au feu , vous luy oftez fa viej le feu auffi eilant efteint, Pair ne peut faire aucune de fes funâ:îôs, r.y par fa chaleur viuifîerny cpnfu-

' 'Livre IL 89

mer la fuperfluc humidité de Teau.

Les vignes ont befoin d'vne plus grande chaleur en Auton^ne , pour aduancer & faire parfaiébement meurirîes rai fins) a prefquenieurs, qu'au commencement du Prin- temps , & tant plus qu'il a fait chaud en Automne , elles rendent par ce moyen de m.eilleur vin,& plus deli- èat,& tant moins il y a eu de chaleur auffi rapportent elles vn vin qui a moms de force ^ &: qui fcnt plus l'eau.

En Hyuer le commun peu- ple voyant la terre toute gclee & ne pouuant rien produire de verd, ellîme que toureft mort, mais •venant la primcraîne 6c le froid fe retirant, vaincu par la chaleur du So- leil qui monte fur noftre horifon, toutes chofes femblét reuiure^les ar- très & herbes commencent à pouf-

90 LE5 DOVZE CtEïS,

fer y les animaux qui fuyans la dure rigueur de THyucr , s'cftans cachez dans les caucrncs de la terre forcent de leurs grottes , tout fent bon, & Tagreablc & belle diuerfitc de cou* leurs & de fleurs fai6l prcuue des vertus & forces de tout ce qui com- mence à reucrdir , venant par après TEfté , de cette varitc de fleurs naîf- fent toutes fortes de fruids.puis fuit l'Automne abondant , qui le perfc* çtîonnc & meurit : C*eft pourquoy nous remercions eterncllemenc Dieu , qui a confl:îtué vnfi bel or- dre 3 & vne telle fuicçe es chofes na^- turelles.

Ainfi fe fuiuent & coulent toutes îcsfaîfons, après vne année vient Vautre, & cela fe continuera iufqucs à ce que Dieu face pcrir le monde, & que ccu^ qui poifedcnt la terre fpient gloricufcmenceflcucz parle

LlVRB II. 91

Dieu de gloire , & mis en honneur; De ccfl'era toute adtion de créatu- re tcrreftrc & fublunairc , & au lieu d'îcelle viendra vne créature celeftc Se infime.

En H)aier le Soleil faifant fa cour- fe bien loing de nous ,- ne peut pas traucrfcr ny fondre les grandes nei- ges , mais s'eftanr au Printemps ap- proche ilefchaufte l'air ,& fa force cftant augmentc'c fond la neige , ôc la refoult en eau , car le plus foibic çft contraind de quitter au plus fort.

Il faut auffi aduifcr & prudem- ment gouuerner le feu, de peur que riiumcur de Rofcc ne loit delïei- ' chee pluftoft qu'il ne faut 3 & ne fe "^face vne trop haftiue liquefadtîon, ' & dîfTolution de la terre des Sages : "Si tu faids autrement tu ne peuple- ras ton vîuicr que de fcorpionsau

^z Les dovze clefs, lieu de bon poifTon : Si donc tu veux bien mener toutes tes opérations, prens Teau celeftc fur laquelle eftoit porté & fc mouuoit au commence - métrefprit de Dieu,& ferme la por- te^u Palais Royal , car par après tu verras le fiegc mis deuat la ville ce- letle par les ennemis modaîns \ C'eft pourquoy il faut fortifier & entou- rer ton ciel de triple muraille y rem- part & fofle, & ne laiffe qu*vnc feu- le aduenuë ouuertc &: libre ^ bien munie de fortes garnifons : Ayant mis ordre à cela , allume la lumière de fagefTe ^ & cherche la dragmc perdue , &: efclaîre tant qu il fera de befoîn : Sçaches que les animaux rampans & autres imparfaits habi- rcnt la terre àcaufe delafroidureufc difpofition de leur nature : Maïs a iliomme cft affisné vn domicile au éeflus^a caufe de l'excellent tçmpç-

L l V RE 1 1. ^j

rament de fa naturcrEt les cfprîts cc- leftes n'cftans compofczd'vn corps terreftrc , & fubjcds à péchez & <:orruptîon^comme celuy de Thom- me^mais d'vn celcfte & incorruptU ble:> ont vn tel degré de perfedion, qu'ils peuuent fans eftre aucuneméc offencez , fupporter le chaud & le froid y tant au haut qu'au bas : Mais l'homme clarifié ne fera pas moin- dre que les efprits celeftes^ains à eux du tout femblable : Dieu gouuernc le Ciel & la Terre^» & faiû tout dans toutes chofes. ;::^ijj..

Si nous gouuernoiisbîcn nos amis, tn fin nous ferons enfans & héritiers de Dieu, afin de mettre en executio ce qui nous femble maintenant im- pofiible , mais cela ne fe peut faire deuant que toute l'eau foit tarie & deffeichéc&queleCiel £claTerrc>

P4- Les dovze clefs, 1 cnfcmblc le genre humain folcnt iu- 1 gez &: conlumcz par le f ciu

HVICTiESME CLEF DE rœaurc des Philo fophcs.

I

Chap. VUI

L ne fe peut faire aucune gênera- .^ ji. cion ny d'homme , ny d'aucun au-

yj^^''"^ trc animal lans la putreraction:& ne peut germer aucune femence iettcc ea terre y ou quelque chofc que ce foir de vegetablc , fans que premiè- rement elle fc pourrifl'e : &: mefmc que beaucoup d'animaux impar- faîcls prennent leur vie & origine de la feule pourriture , ce qu'à bon droîd Ton doit mettre entre les merueillcs de Nature , qui fai6t ce- €y , pourcc qu elle a cache en terre

CLEF. vin.

3 Ç'^'U- yi

Livre II. ^/

vnc grande vcrcu produdliuc qui fc Icuc cxcitcc par les autres clcmens, & par Tinflucnce delafcmenccce-* Icftc.

Les bonnes femmes des champs en fçauenc bien dôner vn exemple, car elles ne peuuent efleuer vnc poulie pour leur petit mclîange, fans putrefadion de l'œuf duquel cft efclos le petit poulet.

Du pain mis dans du miel naîflcni des fourmis par la pourriture qu'ac- cueille le miel , ce qui n etl pas auflî petite merueille de nature.

Tout le monde voit tous les îours qu'il s'engendre des vers de chair gaftce &c pourrie dans le corps des hommes ^ des chenaux > &c d'autres beftes: Comme aufli les arraignes, des vers & autres vermines, dans les noix pourries , poires & autres fruits fcmblables : Bref qui eft ce qui peut

^6 Les dovze cLefs>

nombrer les efpeces infinies des ani- maux infedcs & imparfaits :, qui naiiTertc de pourriture &: corru- ption.

Cela fe monftre auffi manifefte- ment €s plantes ^ l*on voit qu'il croîft beaucoup de fortes d herbes, comme orties & autres de. la feule pourriture 3 es lieux mefmies ou tel- les herbes n'ont iamais elle ny fe- mees 3 ny plantées : Laraifoncneft telle^pource que la terre de tels lieux avne certaine difpofition a produi- re ces meichantesherbes,&eftgrof- fe de leurs femécesinfufes des corps celeftes dans fes entrailles , & exci- tée par leur propre pourriture a ger- mer & reuerdir Jefquelles femenccs venant à ayder le concours des au- tres elemens^produifentvnefubfta- ce corporelle conuenate en leur na- ture : Ainfi peuuent les Albes faire

leuer

Livre it. ff

ieucr, par le moyen des Elctnensi, vne nouuelle femccc que l'onn'ayô point cncoresveuc, laquelle eftànc plantée dans terre & pourrie , peut croiftre & multiplier^mais Thommc n'a pas la puiflanceSc vertu d'enpro- duire vne nouuelle, car l'on ne luy a pas cômîs le gouuerncmét des ope- rations élémentaires &celcftès, & s'engendre diuerfes fortes d'herbes de la feule pourriture :Mais d'autant que cela ell rendu trop familier au peuple par lafrequente expérience qu'il en a, il ne les confideré pas plu? cxadement , & ne fe pouuant ima:- giner aucunes eaufes de telles cho- Tes , il penfe que cela fe fait par ac- couftumance , mais toy qui doibs fçauoir vne fciénce plus releuée^pc* îietre plus auant que le vulgaire , & cherche par raifons les principes &C les caufés d ou ^ movennant la puo:®-^

S>8 Les dovze clefs, taélîori) fefak telle vertLivitalc,non pas comme la connoift le fimplc peitple par. l'accouftumance , maïs coniœc le doit içauoir le fage & di- ligent îuquiliteur des eftedts de la nature > vcLi cjue toute vie prouient de pourriture.

Chafque Elément eft fubjet àge- neration& corruption^ c'eft pour- quoy tàut amateur de Tagcffe doit içaupir, qu'en chacun d'iccux les troiî> autres font occultement conte- nus ^ car Tair contient en foy le feu, * eau & la terre , ce qui ( quoy qu'il Semble incroyable) eftneantmoins tres-vray : Ainfi le feu comprend Tainl'eau & la terre : La terre:,reau, l'air & le feu; Autrement ne fe pour- roît faire aucune génération : Bref Tcau encloftenfoy laterrc^Taîr ôc le feu , autrement elle ne feroit pas propre à produire chofe aucune , &c

Livre II. $9

bien que chaque Elément foit dî- iVingué formellement de chacun des autres; cen eft pasàdire que pour -cela ils foîenc feparez d'enfcmble, : comme il fe voit clairement en feparationdes Elemens par diftilla- tion.

Or afin que Tignorât n'eftimc mon difcours friuol &c ne feruant àrien,îc te le veux demonftrer par preuucs fuffifantes : Apprensdonc^toy qui e^ curieux de {çauoirladi{re6lion& anatomie de la nature , ôcla fepara- liîon des Elemss, qu'en la diftillation de;la terre , Tair comme eftant plus Jç|fer que les deux autres , fe diftille le premier^ puis après l*cau ; le feu a caufe de fa nature fpirituelle com- mune à Tvn & à lautrc ^ & naturelle fympathie , eft conjoinft auec l'air, la terre demeure au fonds &c con- tient le Sel de doire : En la diftilla^

joo Les dovze cleps^ non de l'cauje feu Se l'air lortent les premiers, puis Teau , la partie terre- lire demeure toufiours au fondsiDc mefme du feureduid enfubftance vifible &c plus matérielle que de couftume , Ton en peut tirer le feu, l'air ^ leau & la terre , &c les confer- ueràpart/Semblablement l'air cft es trois autres y pasvnd'iceuxnefc pouuant paflfer de luy ^ la terre n eft tien , & ne peut rien produire fans raîr;Le feu ne peutbrufler & n'y vî» ure fans luy :L'eau manquant de Tair ne caufc aucune génération : Outte plus l'air ne confume rien & ne dcf- Teiche aucune humidité fans chaleur naturelle : Se trouuat donc vne cha- leur dans fair y par confequent il y <doît auoir du feu , car tout ce qui eft de nature chaude & feichc , doit aufîi participer de la nature du feuj C'eft pourquoy tous les quatre clc-

Livre II. loi

mcnts doiuent cftrc conjoints cn- fcmble , & ont toufiours le foin l'vn de l'autre : AuiTi voit- on qu'ils font mcflez cnfemble en la production de toutes chofcs ; Celuy qui contre- dit à telle do6trine , n a iamais en- tré dans le cabinet de la Nature , & n'y vifite {es plus cachez fecrets.

Sçaches que ce qui naiftpar pu- trefadlion eft ainfi engendrc:La ter- re fe corrompt aucunement à caufc de rhumeur qu elle a^ qui eft princi- pe de putrefadîon , car rien ne peut pourrir fans humeur : A fçauoir fans Telementhumide de l'eau : Orfila génération doit prouenir de pour- riture^ elle doit eftrc excitée par la chaleur qui fe rapporte à Telemcnc du feu , car rien ne peut venir au monde fans chaleur naturelle : pour conclufion fi lachofe qui doit eftrc produire a bçfoin d'efprit vital ^

F nj

TOI Les. DovzE- clefs, de mouuement , il luy faut auiîi de l'ait;, car s'il ne ccoperoit point auec les autres , & ne fiiifolt fa fundion, la génération ou pluftoft la matière delà chofe qui doit eftre produite s'eftoufferoit elle mefme par faute d'aîr;&la génération fe feroit de re- chef corruption ;, en fuitte dequoy cela eft plus clair que le iour:,que les quatre elemens font grandement neceffaires en toute génération : & dauantage qu'vn chacun d eux fai^t voir clairement fes forces & opéra- tions en chacun des autres ;, mais principalement en la corruption, car fans elle rien ne peut & ne pour- ra iamais venir au monde ; & tiens cela pour arreftc que les quatre ele- mens (ont requis àtoutc production de quelque chofe que ce foit.

L on doitconnoiftreparlà qu'A- dam que Dieu créa du limon de la

Livre II. 105

tcrrc^n'exerça aucune adîon vitale, & ne vefcut point iufqucs à ce que Dieu luy euft foufflé le Couffle & ef- prit de vie,& qu iccluy infus il com- mença tout auiTi toft à viure:Le Sel, c'eft à dire.fon corps fe rapportoit à la terre, l'air infpirc eftoit le Mercu- re, c*eft à dire l'efprit:, &c le foufïïe de rinfpiration luy donnoittoutaufTi* toft vne chaleur vitale , & s'eftoit le foulfr e y c'eft à dire le feu , aufli- toft Adam commença à fe mouuoir , &c donna par ce mouuement vn affez fuffifante preuue d'vneameviuan- te , car le feu ne peut pas eftre fans Tair^ny au contraire l'air fans le feu, l'eau eftoit meflee à tous deux ef- gallement & proportionnémenten- femble.

Adam fut donc premièrement compofc de terre , d'eau , d'air &c de

fçujaprçs d'ame,d'efprît& de corps,

. »

504 Les dovze clefs, puis de Mercure, de Soulfre& de SeL

Eue femblablement la première femme , & noftrc première mère participa de toutes ces chofcsj car elle fut tirée & produîde d'Adom qui en eftoit compofe : Remarque cela que ic viens de dire. Or afin de retourner à mon propos de la putre- faâion f il faut que tout amateur ôc inquifitcur de fageiGTe tienne cela pour certain , que femblablement aucune femenccmetalique ne peut operer,&nc peut eftre aucunem^ent nraltlpliee , fi elle n'a efté entière- ment pourrie de foy mefme, &c fans îneflan^^e d'aucune chofeeftrange- rejSc comme nulle femcnce végéta- ble ou animale ne peut ( comme il a elle diâ: cy deflus j eftédre & multi- plier fonclpeceiansputrefa£tîô^de pnefmç en faut il iuger des métaux i

Livre IL 105

Et cette putrefadlîon fc doit faire par les opérations des clcmens^ non pas qu'ils foient ( comme j'ay def- ja cnreigné)leurfemcnce3 mais pour- ce que lafemécc metalique prenant fa naiffance d*vn cftre celefte , aftral & eletnétaire3&; eftant reduid en vn :orps fenfiblc,doit eftre putrifié par le moyen des elemcns.

Dauantage , remarque que le vîn a vn efprit volatil, car en le diftillant Tefprit fort le premier ^le phlegmelc' dernîer^mais eftant par chaleur con- tinue tourne en vinaigre y fon efprîc n eft plus {1 volatil, car en la diftilla- tiondu vinaigre Je phlegme aqueux monte le premier au haut de l'alem- bic,& l'efprit le dernier^ Scbien que ccfoitvne mefme matière en Ivn & en fautre ; il y a bien neantmoîns d^autresqualitez au vinaigre qu'au vin^pource que le vinaigre n'eftplus

\o6 Les dovze clefs, vin^^mais vne pourriture du vin, qui parlacontînuellechaleurs'eft chan- gé en vinaigre^ & tout ce qui ell tiré parle vin ou par fon erprit^S: redifié dans vnvaiflTeau circulatoire à bien d'autres forces & opérations que ce qui eft tiré par le vinaigre: Car fi on tire le verre de l'Antimoine , par le vin ou par Ton elpritiil eft trop laxatif & purge auec trop de véhémence par en haur,d'autant que fa vertu ve- neneufe n eftant pas furmontée &c cftaintc/il eft encores entre les bor- nes du poifon ; mais fi en le tire par vinaigre diftillé ^ ce qui en viendra lera de belle couleur, puis (i tirant le vinaigre parle Bain marie Tolaue la pouldre iaune qui demeure au fods^ verfantbeaucoup de {ois deleau c6- munc dedus.&autârde fois la retirât & que Ion ofte toute la force du vi- naigre , il fe faiâ: vne poudre douce

Livre II. 107

quineiafche pas le ventre comme deuant:Maîs qui eft vn excellent re- mède qui guariflant beaucoup de maladies^eft à bon droîâ: repute en- tre les meruellles de la Médecine.

Cette poudre mife en lieu humide ferefoult en liqueur, qui fans faire douleur aucune confère grandemét aux maladies externcsrcelafuffize. Bref en cecy confiftc tout le prin- cipal de ce chapitre, fçauoir eft que vne créature cclefteja vie de laquel- le eft nourrie des Aftres , & alimen- tée des quatre elemens meure : puis feputrifie, après cela, les Aftres, moyennant les Elemens qui ont cet- te charge , redonneront derechef la vie à ce corps pourry , afin qu il s en face vn celefte qui prendra fa plume en la plus haute ville du firmament: Ayant faîd cela tu verras le terreftre du tout confumé par le celefte > ôc le

Vo8 Les ©ovze clefs, corps tcrrcftrc toufiours en celeltc Couronne d'honneur & de gloire.

NEVFIESME CLEF

de l'œuure des Philofophes.

Chapitre IX.

SAtvrne le plus haut des Pla- nectes.eft le plus bas & abied en nollre magiftere, il tient neâtmolns la principale Clef, ôc eftant le vil^Sc n'ayant prefque point d'authorîte, il tient le plus beau lieu ; &c bien que par fa volonté il fe foit acquis le plus haut par deflus les plus hautes Pla- nettes, il doit toutesfoischeoirau plus bas 3 en luy couppant les aifles, & eftre fa lumière obfcure , grande- ment diminuée , & par fa mort ve- nir toute la perfection defcEuurCj,

CLEF. IX.

L I V R E 1 1. iqj>

afin que le noir foit change en blanc^ & le blanc prenne la couleur rouge: &c doit furmontcr toutes les autres Planectespar Tadueriement de tou- tes les couleurs qui font au monde, que 1 on verra iufques à ceque vien- ne la couleur furabondantc du Roy triomphant ôc comble d'honneur, marque trcs-certainc de la victoires &encores que Saturne femble plus

Ivll & moindre de toutes , il ne laîfTc pas d'auoir vne (i grande vertu & efficace , qu eftant Ta noble eflencc ( qui n'eft autre chofe qu vn froid par trop excédant ) conioindte auec vn corps metaliq volatil &: ignée , il Je rend fixe , & aulTi folide ^ voire mefme meilleur & plus ferme & permanent que luy mefme n'eft. Cette tranfm/atation prend fon ori- gine du Mercure , du Soulfre &da . Sel^ôcfefailantpareux^ on prend

no Les Dovze qlevs^ | aiilTi fa fin & dernier période: Cela /^' padera la portée de beaucoupjccm- '^^ me aufli à la veritc ce myllere eft il haut que difficilement le peut-on comprendre:Mais d'autant plus cpc lamatiere eft vile&abiede^ d'au- tant plus doit eftre 1 efprit releue & fubtil, afin d entretenir rincgalité du monde , ôc que les maiftrcs puiffenc l eftre dilVmguez des feruiteurs^ôe les feruiteurs reconnus à leur miniftere d'aueclesmaiftres.

De Saturne préparé auec îndu- ftrk, fortent beaucoup de couleurs, comme la noire > la grife y la iaulnc &Ja rouge, &c d'autres miOyennes entre celles cyide mefine la matière iies Philofophes doltprendre Sclaif- fer beaucoup de couleurs , deuant qu'elle paruienneàla fia & perfe- (Stion defiréc, car autant de fois que Ton ouure vnc nouuelle porte au

Livre IL m

ieu, autant de fois le Roy emprunte de fes créanciers de nouucauxha- bits/iufques à ce que fc remettant en crédit, il deuiennc riche, ôcn'ayc plus aHaire d'aucun créancier.

Venus tenant en main le gouuer- nementûu Royaume, ôcdiftribuant félon la couftume les offices à cha- cun^ npparoift la première^ brillante &efclatantc d'vne matière Royal- 1 le : La Mufique porte deuant elle vn eltandart rouge ^ au milieu duquel ell: artirtement dépeinte la Charité veftuë d'vn habit vert : Saturne eft fonPreuoft deThoftel & Intendant de {a maifon^&lors qu'il eft en quar- tier , l'Aftronomie marche deuant luy^porcanc vne enfeigne qui à la vé- rité eft noire^mais neantmoinseftle pourtraiâ: de la foy habillée de iaul- ne& de rouge, lupiter auec fon fceptre eft en qua-

lit Les dovze clefs^ lice de Viceroy jLaretoriqueluyva portant la feience de couleur blan- chcnftre & grife , oûell: reprefentec rEfpcranceauec de fort agréables

couleurs.

Mars Capitaine expérimente au faid: de la guerre , règne aufli tout cfchauffc &c par la chaleur , La Géo- métrie le deuance , luy portant fon guidon enfanglâîé, & teint de fang, au milieu duquel eft empreint l'effi- gie de la Force vellue d vn habît rougc^Mercure eft le Chancelier de tout , r Arithmétique porte fon en- feignediuerfifieedc toutes les cou- leurs du monde, ( car il y en a vne va- riere indicible ) au miheu eft la tem- pérance dépeinte d'vne admirable diuerfit^,

, Le Soleil eftgouuerneur du Roy- aume , la Grammaire tient fa ban- iiiere iaulne , en laquelle on voit la

lufticc

Livre il nj

luftîcc peinte en or , &: bien qu vn tel gouucrneur deuft auoir plus de puilTancc & authorité en fon Roy- aume h Venus neantmoins Ta par fa grande fpkndeur furmonte , & luy a fait perdre la veuë.

La Lune aulTi eh fin apparoîft , Dialedique luy porté la fienne de couleur tres-blanchc & rèluifante^' en laquelle fe voit la Prudence pein- te de bleu : & pourcc que le ma- ry de la Lune eft mort, elle doibt luy fuccedcr au Royaume : Ceft pourquoy ayant fait rendre le com- pte a Venus , elle luy recommande- ra Padminlrtration & fuperabondâ- ce du Royaume 3 & par Tayde du Chancelier reformera l'eftat , & y mettra vne nouuelle polîce.Sc pren- dront tous deux domination fur la noble Royne Venus : Remarque donc qu'vnc Planctte doibt faire

G

îi^ Les dovze clefs^ perdre à Vautre ^ office , domination & Royaume , & luy oller toute puif- fanceôc majcHe Royale, iufques à ce que les principales d'elles tien- nent leRoyaume en mainje confer- liant ^& par leur conftante & per- manente couleur, remportans la vî- âoire auec leur mère , & elle des le commencement conioind:e , en iouiflent d vne perpétuelle & natu- relle aflotîation & amour : Alors l'ancien monde ne fera plus monde^ Et en fera fait vn autre nouueau en fa place , de vne Planette aura telle- ment confomme fpirituellemenc Tautre, que les plus fortes s'eftans nourries des autres , ferot feule* de- meurées de refteA deux &c trois au- ront erté vaincus par vn feul. Remarque en fin qu*il te faut fouf- leuer la balance cclefte j & mettre dans le cofté gauche le Bclicr, le

Livre II. îij

Taureau , rEfcreuiiTe , le Scorpion^ & le Capricorne , &c au collé droi6t, les Gémeaux, le Sagittaire, l'Echan- fon, les PoiiTons & la Vierge^& faits cjueleLyon portc-or/eietteaufcin de la Vierge, &c que ce cofté de la Balance poife le plus t Bref faits que les douze fignes du Lyorl Zodia- que faifant leurs conftellations auec les fept gouuerneuts de rVniucrs fe reg;ardent tous de bon œiL& fe face ( après que feront palTées toutes les couleurs ) la vr aye coniondion & mariage , afin que le plus haut foîc rendu le plus bas , & le plus bas le plus haut.

Si de l'J^muers la nature Adife ejloitfoul?s vne figure^ ! Et ne pourvoit ejlre changée Ny par aucun art altérée. Perfonne ne la cognoijiroit

îié Les dovze cIeîsJ

TsTji les miracles quelle feroity Ceflfourcmoy remercier deuons Ce grand Dieu qui nous a faifi tels dons.

DIXIESME CLEF DE

rœuure des Philofophes.

Chap- Xo

Ans noftre Pierre que les an- ciens fages mes predeceffeurs ont faite long-temps deuant moy^ font contenus tous les Elemens,tou- tesles formes & proprierez Miné- rales & metaliques , voire mefmci toutes lesqualitez qui font au mon- de , car Ton y doittrouuer vne ex- trême chaleur &: de grande efEcace> pource qae le corps froid de Saturne doit eftre efchauffé Se conuerty en

CliEFX.

J. lE SVIS J^K X)HEiR2VIOGmsril

>0^ ''MiihiîliliiïïTiipTmiiiii^l'.ilinniTii

y-SM^-t.

■V

Livre II. iî7

pur par la véhémence cîe fon feu interne : Il y doit auiTi trouuer vu extrcrme froid ,, d* autant qu'il eu faut tempérer la grand Venus , qui brufle Se confumc tout &c congelé le Mercure vif, & en faire vn corps folîdc : La çaufc de cecy eft telle, pourcc que la nature a donne à la matière de noftre diuine Pierre tou- tes fes proprictcz, qu'il faut par cer- tains degrez de cha!eur,comme cui- re, faire meurirSc mener à perfe- ctionnée qui nefe peut exécuter de- uant que le mont Gibel de Cicillc aye mis fin à fes embrafemens, & ne fe puifTe plus trouuer aucune froidu- re es montagnes Hiperborées , lef- quelles tu pourras bien aufTi appel- ler Fougerayc , toufiours gelées de froid, couuertes de neiges.

Toutes pommes cueillies deuant qu*cftremeuresfcfennét & ne font ' ^ " G iij

îi8 Les dovze clep5^ prefque bonnes à rien, il cneftcle merme des vaiileaux des potiers qui nepeuucc feruir s'ils ne lont cuits a affez grand feu; pource que le feu, ne leur a pas donné leur perfection: 11 faut prédre garde à la mefme cho- fc ennoftreElixir 5 queTonneluy face tort d'aucun iour dédié & con- façré à fa génération , de peur que nortre fruidl elliant trop tollcueilly des pommes des Helperides , ne puiflfent venir à vne maturité extrê- mement parfaide , & fa faute reiec- tée fur l'ouurîer peu fage.qui fc fera follement hafté , car il eft notoire à tout le monde qu'il ne fe peut pro- duire aucun frui£t d'vne fleur arra- chée d yn arbre 5 Parquoy tou- te haRiueié fe doit éuiter à noftre art , comme dangereufe &c nuifible, par par elle peut on rarement venir ^u bQut de fon deifcia , mais on y a

Livre IL 119

toufiours de mal en pis.

Cefl: pourquoy que le diligent explorateur des effets merueiileux de Tare & de la nature prenne garde à ce que pouffé dVne curiofiré dom- mageable,& d'vn defir par trop eu- rîeux.il ne cueille rien de nortre ar- bre deuant le temps, & que la pom - me luy tombant des mains , ne luy en laiffe qu vne marque & veftigc miferablc, car fi l'on ne laiffe meu- nr noftre Pierre, véritablement elle ne pourra iamais donner maturité à aucune chofe.

La matière s'ouure & dîffoult dans l'eau, fe conioind , ôc eft ren- due groffe en la putrefadîon, dans la cendre elle acquiert des fleurs di- gnes auant-couriers du faiid, toute l'humidité (uperflue fe deffeiche das le fableja flambe du feu larend en- tièrement meure > & fermement fi-

G iiij

îïo Les povzE clefs^ xe , non pas qu'il faille aucir^ & ne- ccfTairemét fe feruir du Bain- mari e^ du fient de cheual , de cendres & de fable:Maîs pource qu'il faut par tels degrez régir & gouuerner fon feu. Car la pierre enfermée dans le four- neau vuide, & munie de tri pie bou- îeuartfe forme & cuittoufiours iuf- quesàcequetous les nuages & va- peurs foient dîfTîpees & difparoif- lent, &qu'clle Toit vcftue & orncc dliabits de triomphe & de gloire, ^ demeure en la plus balGTe ville des Cieux.&s'arrefte encourant : Car quand le Roy ne peut plus efleuer fes mains en haut, Ton a remporté la vidtoire de toute la gloire mondai- ne 5 pource qu'eftant alors comblé de tout bon heur, &doiiédc con~ ftance &de force/ilneferadorefna- uant fubiecl à aucun danger : le t e didsdoncquctudeifeiçhes la ter-

Livre II. m

re cUfToulce en fa propre humeur, par feu dcuëment applique y eftant delTeichee fair luy dônera vne nou- uelle vic^cctce vie infpirée iera vne matière qui à bon droid ne doibt point eftre appellée que la grand' Pierre des Philofophes, qui comme vn efpritjpenetre les corps humains & metaliques , & eft remède gêne- rai à toutes maladies . car elle chalfe cequieftnuifible , & conferue ce qui eft vtile , & donaiic à toutes cho- ies vn eftre accomply : Accorde & aflocîe parfaitement le mauuais auec le bon : Sa couleur tire du rouge incarnat fur le cramoify , ou bien de couleur de rubis fur couleur de grenade^, quant à fa pefantcur el- le poife beaucoup plus qu'elle a de quantité.

Celuy qui aura trouué cette Pier- re, qu'il remercicDieu^pour ce baul-

m Les dovze clefs, me celefte , & le fupplie de luy odroyer cette grâce qu'il en puiiTc heureufement franchirla carrierede cette vie miferable , & en fin ioiiyr de la béatitude éternelle.

Louange foit à Dieu , pour Tes dons infinis& finguliers plaifirs qu'il nous a fait , & luy en rendons grâces éternellement Ainfî foit- il.

VNZIESME CLEF DE Tœuuredes Philofophcs,

Chap. XL

IE t'cxplîqueray rvnzîefmc Clef qui fert à multiplier nortre celefte Pierre par cette fimilitude.

Il y auoit es pays de Leuant vn bra- ue cheualier nommé Orphée , gran- dement rîche,car il auoit des riçhef-

CLEF.Xr.

I

Livre If.

,fes à foîfon, 3c ne manquant de cho - fc aucune ; il auoitefpoulé fa foeur propre appellée Euridice : Mais ne pouuant auolr d elle aucuns entans, &c croyant que ce mal- heur luy ell:oîc enuoye pour punition dcfonince- rte , prioic Dieu continuellement, efperanc obtenir de luy mife- rîcorde , 6c entherinement de fa i^equefte.

Vn iourdorma^jt profondement il luy fembla veoir vnhommx voi- lant à luy nommé Phoebus^qui ayant touché fes pieds grandement chauds luy parla de la façon : Apres auoir, courageux cheualicr , voyagé par beaucoup de Royaumes, de pays, de Prouînces^Sc de villesjt'ellre hazar - fur Mer à beaucoup de dangers, &auoîràlaguerre rcnuerféde ton bras victorieux ce qui te faifoit refi- ftancc.lon t'a à bon droid donné le

U4 Les dovze clefs, colicr de chcualier.outre plus d au- tant qu es jouftes ôc tournois tu as

. rompu beaucoup de lances.&maîn- tefois les dames t ont aucc acclama- tion de tous les affiftans . adiu^e le

. prix ôcrhonneur de la victoire , le père celefte ni a commande de te venir annoncer qu'il a exécuté tes prières , & c'eft pourquoy tu pren- dras du fane de ton collé droi , de du codé gauche de ta lemme , aufïi le fang qui eftoit ali cœur de ton pè- re & de ta mère, ce fang; de fa nature ell feulement double,& neantmoins feulement (impie, conioinds les, &c les mets dans le o-lobe des fept faees bien terme , & 1 entant nouueau np trois fois grtd fera nourry de fa pro- pre chair , &c fon glorieux fang luy fcruira de brcuuagc ; Si tu faits bie-a cela, il te viendra de grandes richef- fes &c aurasbeaucQup d'enfans:Mais

Livre I L nj

apprens qu'il faut :, pour perfeûîon- ner tadernîere femence,lahuiâ:icf- rne partie du temps qu'a mis la pre- mière, de laquelle tu as pris naiflfan- ce : Si tu faits cecy fouuent y & que toufiours tu recommences^tu verras les enfans de tes enfans,&iVne mul- tiplication de ta race à Tinfiny :& fe- ra le grand monde tellement rem- ply par la fertilité & fœcundité du pecit^que l'on pourra aifément pof- feder le Royaume celelte du Créa- teur de Tvniuers.

Apres celafaid.Phœbus s'enuola> &s'eftantau{ri tcftrefucillé leche- ualicr^il fe Icua pour exécuter ce qui luy auoit elle commandé , ayant mis tout en effeél , il ne f jt pas feulemec^ tôutauflltoft affilié ce bon heur en toutes fcs cntreprifes, mais aufli ap- puyé fur labonté de Dieu^ il cngen- îlraplufieursenfans^quiheritiersdes

/2 6

'i:é^ Les dovze clefs,

biens paternels s'acquiientvnegraii.- de renummce , &: touliours confer- uerent Tordre de cheualeric qu'ih auoicnteucdela fuccellionde leur pcre.

Si tu es fage & defireux de fagefTe^j ta n'as que faire de plus ample de- monllrarion > finon , ta n'en dois re îetter la foute furrnoy , mais fur ton îgnorence, car ilnem'ellpas permis d en déclarer dauanrage, ny de def-^ cacheter ce pacquct, & mettre en vcuë tous les tecrets y cela fera aflez clair & manifcrtc à ccluy que Dieu en iugera digne, car jay tout efcript plus clairement qu il ell poflible de croire , &c ay monftré toute locuure en figures, félon qu ont faid les an- ciens Philofophcs auxMaiftresjmaîs bien plus clairement ( car ie n*ay rien caché ) que pas vn autre:Si tu chalfes de toy les ténèbres d'ignorence y ôc

Livre II. izy

es clairvoyant des yeux de l'enten- dement, aflcurément tu trouueras vne Pierre pretieufe qu'ont cherché beaucoup, & que peuonttrouuee, car ie t*ay comme entièrement nommé la matière , & fufEfamment demonftré, le commencement, le milieu &: la fin de Tœuure.

DOVZIESME CLEF DE

rceuure des Philo fophes.

Chapitre XII

L'Efpee d'vn efcrimeur qui ne fçait pas tirer, ne luy peut de rien feruir, pouf ce qu'il n en a pas le maniement, car il cft aifément mis à bas & terrafTé par vn autre qui fçau- ra mieux tit er &: porter vn coup que /uy , mais ccluy qui entend parfai-

riS Lés dovzé clefs,

étcmenc refcrîme, rauît aifemcntia vidloire d'entre lesmaîns de tous lès autres.

'Ilenarrîuerademcfme à celuy qui aura , auec Tayde de Dieu^ ac- quis la teinture ^ & ne s'en fçauroi: pas feruir, comme au gladiateur qui ne fçait pas Ion meftier ; Mais d au- tant que voicy la douziefme & der- nière Clef qui ferme ce Hure , le ne parleray plus auec ambiguïté Philo- fophique r mais i^cxpliqueray nuë- ment &: clairement cette Clef tou- chant la teinture , entendez donc cette doctrine fuiuante.

Prcnsvnc partie de cette médeci- ne Se Pierre des Philofophes deuë- ment préparée , & faite du laid vir- ginal, & trois parties de tres^pur or, pafle par la coupelle auec de l'Anti- moine, & battu en lames tres-mc- nuës^conioinds les dans vn creufec,

ôcleur

LivkB ît. ïi9

èc leur donne vn feu modère aux douze preniiercs heures^ puis fonds les, & le^ tiens en ce feu par refpacc de trois iours naturels y & la Pierre fera changée en vraye médecine; d vne hature fubtile , fpirituelle &c pénétrante : Et elle ne tiendrôît paisf âifement à caufe de fa grande fubti- lite fans le ferment de Ibr , maïs; quand elle eft fermèntee de fon femblable, la teinture entré facilc- menttPrcns puis après vne partie de cette maflfe fermentee>&la îettc fur mille de metailfondu,que tu Veu:^ fondre , 5c vrayement le tout fera changé en très -bon or, car vn corps prend aifément vn autre corps ; &t bien qu'il ne luy foit pas femblablc, îl luy doit ncant-moins eftre con- iôint : Et par fa grande force & ver- tu rendu férnblablc, véu que le fetn-

H

îjo Les dovze clefs^ blable a efté engendré de fon fcm- blable.

Celuy qui aura mis ce moyen en pratique , fç^iura toutes les autres circonrtances : Les fortics des por- t-viux du Palais Ployai font ouucrtes à la firi) cette fi grande fubtilité ne peut eftre comparée à aucune chofc crée 5 car elle feule compred & pof- r^:dc toutes chofes dans toutes cho- fes^que l'on peut trouucr par raifons naturelles contenues & cnclofes dans la circonférence de l'Vniucrs.

O commencement du commen- cement.' ayefouuenancc de la fin / ôfin dernierre fin/fouuienne toy da commencement, & ayes en grande recommandation le mileudeTceu- ure : Et Dieu le Père , le Fils &c le Saîn(£t Efprit vous donnera ce qui eft neceffaircàrcfprit,àrame&au corps.

Livre II. 151

DE LA PREMIERE MÂ^ tîere delà Pierre des Philofophes. :

VNe fierrefe njoit qui a "vil frix fe vend, D' elle vn feu fugitif f on origine ^nnà^ Noflre Pierre de luy ejt faite & com^

fofeey £t de hUnche couleur O^ de rouge fa2

recy

Elle ejl fierre & non pierre j & la na^^

ture en elle^ Peut feule demonjler fa njertu Horn^

pareille. Pour d'elle faire vjjir qjn ruijfeau clait

coulant^ Dans le quel elle ira fon perefoujfo^

quanty Et fuis d'iceluy mort , gourmande elU fefaiftra,

Hîj

i^z Les dovze ctEts^

lufquà ce que fon ame en fon corp

renaijira^ Et [a mère qui ejl de nature njolante ^ En^uijfance liiy foit y & en tout re/- ji

jemhlanty Et a la 'V évite fon père renaijjant ji bien plus de njertu quil'nauoit par

auant^ La mère du Soleil furpajje hs années En adgCy a cet e^e^t par toy ojulcan \ ^ ayéeesy

Son père neatrnoins précède en origine Parfonjhirnuelejire G^ ej^mce dtutne^ jjefprit y l'ame le corps font contenus \ en deux. ^ \

Le magîjtere "vient d'vn qui feul & \

njH ejiant^ Peut enfernble ajfemhler le fixe & h

ftf-yanty Elle efi deux y elle ejl trois j & toutes--

fois nejtqu^ne^ Situ nèsfage en cela j,n entendras chê^

Livre II, yj

/<? aucune^ faits Uuer dans 'vn hain Aàam le

premier fere, Oàfe haigne Venus des ^olupe:^ la mère, \ D'njn horrible Dragon ce hain Von tre^aroit, êluand toutes f es vertus & fes forces ^ ilferdoit

Et comme dit fort lien le Genye de

Nature Jjon ne le peut nommer que le double

J4ercurey le me tais^ l'ayfinyj'ay nommé la mai

tfere. Heureux trois fois heureux qui com^

prend ce myflere. ^elefoucieux ennuy ne te Jurf renne

point, Viffue te fer a voir ce tant dejtripoint,^

FIN

LIVRE

TROlSfESME

'CONTEN ANT VNE abrégée répétition de tout ce qui eft contenu dans les traîttcz des douze Clefs de la Pierre pre- cieufe des Philpfophes.

Diins laquelle eji par le mefme Ju-- thetir Fr. Basile Valentm niifeen lumière: La lumière des Sages.

OY Bafile Va- lentin Religieux de Tordre de S. Benoift , ay cpm- pofe ces traiâ:cz prccedens 3 par

L I V R E 1 1. Ijf

lefqucls fuiuant la trace des anciens Philofophes > ay déclaré par quelle voye & moyen Ton peut chercher ôc trouuer ce précieux threfor ^ du- quel les fages ont conferuéleur fan- & prolongé leur vie à beaucoup d'années : Ec bien que ie ne me fois efloigné en aucun point de la véri- té, comme ma confcience en pour- ra rendre tefmoignage deuât Dieu , qui cognoill le de dans de noscœurs, & aye toufiours mis en veuë la véri- té qu'vn moyennement doite n au- roic que faire d'autre flambeau pour cfclairer. Car la théorie que ie luy en ay baillée,coniointe auec lesdou- ze Clefs de pradtique , feront plus que fuffifansdes nuids neantmoîns que ie palTois à veiller , & le peu ag- greable repos que îc prenois en ne dormant p^s, mais les diuerfes pen- fçes qui eftoient pendantrobied de

H ni)

ij6 Les dovze çl:bfs, mon îmagînatiuc y m*ont perfuadç d'expliquer plus clairement, meutât çn aorege le liurc que i'auois mis en lumière du {l.imbeau que i'auoîs al- lumé, plus eiclatanre^afinde mieux cfclaîrer^ppur dcfcouurir npftre de- firee Pierre à cçux qui font ama- teurs de l'art , &: curieux de cognoi-^ ftre la NaturerEt encorçs que ie fça- fhe bien que beaucoup diront qu^ i'ay tout plus que trop enfeigné,&: qu'a caufe de cela i'ay chargé ma- çonfciencç de beaucoup de peche:ç, le leur refpondray neantmoins quq cela encores eft affez obfcure aux îgnorans & gens d^ peu d'efprit^ ;iiaîs clair & manîfefte aux enfans de fcience : C*eft pourquoy efcou- ït ôç poife bien mes paroles, & fuits ce qu'ils t^enfeigneront , tu paruîen- drasdroi£t aux plus cachez myfte- res de l'Art & de la Nature.

1

Livre IL . 137

îe n'ay rien efcnpt que îc ne doi-

ue approuuer & 4u quel le ne fois

preft à rendre compte au iour du iu-

gement.

Or tu trouueras cet abreg;é en vraycs & fimples inftrudions fuî^ liantes, car ie ne m'y eftudie pointa auoir des mots affedez & falacieux, maisàfuiurenuëment la vérité.

Tay cnfeîgné dans le précèdent traiâé que toutes chofes naiflent & font compofez de trois , fçauoir eft, de Mercure, de Soulfre&de Sel, & ç eft chofe certaine.

Mais apprens encores que noftre Pierre ei^ copofee de deux , de trois de quatre &: de cinq: De cinq c*ell: à dire,de fa quintefséce.de quacrequi font les quatre elemens s de trois af- fauoir dcstrois principes de^ chofes naturelles, de deux qui fignificnt le Mercure double , ^ d\n qui cft le

i^S Les DovzE cleps, premier principe de toutes chofes, qui fut produit pur & net de la crea^ tion du monde.^^r, foit faict.

Afin que pprlonne ne fc trauaîllç à comprendre des chofes, & ne fc peine à chercher çn vain le fens myftique,& la vraye expUcation^ îetraideray enpeude mots; Pre- mièrement du Mercure^ puis du Soulfre , & après du Sel de noftrc Pierre^ qui font les principes maté- riels.

DV MERCVRE, PREMIER,

principe de l'œuure desPhilo- fpphes.

nRJEmarque donc premièrement

lX^ que nul argent vif commun ne

fer t à noftre ceaurc^jcar noftre argéc

J^if fc cire du meilleur mctail par

Livre II. ijp

art fpagirique y &c cft pur fubtil , re - luifanu , clair comme eau de roche , diaphane comme chrîftal , & lan^^ î au cune ordure : Re Juidts le en eau ou huille incombuftibie y pourcc que félon que m'en aduouent les fa- gcs, Mercure a elle eau au commen- cement, d^iffbut en cefte huille in- combuftibie fon propre Mercure , duquel a efte fait cette eau , precî- pite-le dans fa propre huille : Ettu auras le Mercure double ; Mais no- jij te que le Soleil après auoir efte puri- fié félon que îe t'ay enfeigné en la premiereClef , doit eftre dilToult ^j; par vne certaine eau particulière que îe t'ay donnée dans la féconde, @ & réduit en chaux fubiile, félon que ie t'ay enfeigné en la quatriefme: [2> Cette chaulx doit paiTer par l'alem- bic aucc efprit de S e L^ & eftre pré- cipité dans ceft efprit/&: reduidà

14© Lesdovze clefs^^ fçu Je reucrbcr^en pouldre fubtî- le, & que fon Soulfre puifle plus fa- cilement entrer en fa propre nature^ &c rembrafler plus eftroiàemét par vn amour réciproque, & tu auras deux fubftances dans vne que loii appelle leMer cure des Philofophes, & n eft quVne Naturels: le premier ferment.

PV SOVLFRE, SECOND

principe de l'oeuure des Ph^lp- fpphes.

TV chercheras ton Soulfre dans le mefme metail , il le faut ti- rer fans aucune corrofion par feu de reuerbere , d*vn corps purifié &c diffoult ; & cornaient cela peut- il faire ? ie te l'ay déclaré ne rendifane mot;&te Tay ^ifez clairement mçn-;

Livre IÎ. î^r

ftré dans la troîliefme Clef: Tu dif- 3 foudras ce Soulfre dans fon propre fang, du quel il a pris naiflance, ob- fcruant le poids que îd t'ay ordonné cnlafixîelmcClef, Tayancfaiét^au- ^if tas diflbult & nourry le vray Lyon du fang du Lyon vérd , car le fang fixe du Lyon rouge eft faîÀ du fang Volatil du vérd^parquoy ils font tous deux d*vne mefmt naturelle fang volatil de Tvn rend aufii volatil Id fang fixe de rautrôr Et au contraire le fixe rend le volatil auffi fixe qu'il èftoit auparauant la folution> entrb tiens les en chaleur modérée, iuf- qùes à ce que le Soulfre foitdutout diflbus ^& tu autas par le commun! accord des Phnofophes, le fécond ferment & le Soulfre fixe nourry ia volatîI,que l'on rire enalembîc par tfprit de vm , qui eft ro'jge comme fang : & cfl: appelle Ôr pot able^ que

T-fi Les dovze clefs,

l'on ne peut Gonlolider ^ ny réduire en fubftance corporeL

DV SEL TROISIESME

principe de l'oeuure desPhilo- fophes.

LE Sel félon que Ton le prépare a des effeâis diucrs , rendant le corps fixe , tantolt volatil , car Tef- prit du Sel de Tartre tire fans aucun ingrédient rend par la refolutionôc putréfaction tous les Métaux vola- tils^&lcs reduiâ; en vn Mercure vif, corne te Tenfeignét mes Minéraux: Le Sel de Tartre auiTi fixe de foy grandenaent , notamment {i Ton y adioufte de la chaux viuc auec fa chaleur , car eftant iointe en femble ils ont vne merueilleufe vertu fixa- tiueiSelon donc que Ton prépare le

Livre ÎÎ. i4j

Sel vegetable de Tartre , il peut Se fixer & rendre volatil y ce qui eft vn admirable fecret de nature^&vnef- fed rnerueilleux de Tart Philofo- phique-

Il fe faîc vn Sel volatil & bien clair dVrine d'vn homme, qui par quelque temps n'aura beu que du vin pur j&ce Sel difToult toutes clio- fes fixes , &c les tire auec foy par l'a- lemblc^il ne fixe pas néantmoins , & bien que cet homme naye beu que du vin> duquel par fonvrine eft tiré ce Sel deTartre, Car il s'eft fait dans le corps de l'homme vne certaine tranfmutation par laquelle la partie vegetable, c'eftà dire refprit vege- table du vin, s*eft chano-ce enanî- maie, c'eftà dire en Telprit animal du Sel de Tvrine, comme par exen\- ple /les cheuaux fe fai(£t tranimuta- tion d*auoinc, foiii Se autres telles \

î^4 Les dovze clefs, nourritures , les changeant en leur propre fubrtance , aflaaoir en chair^ & autres p^irties de leurs corps. Les Abeilles auffi font du miel des meilleurs particules , & fur des her- bes & fleurs; ôcainii des autres cho- fcs, defquelles la Clef &c principale caufe girt en la putrefacStioii d j)rouîennét toutes ces fortes de fe- parations &tranfmutations.

L'efprit de Sel commun tiré par certain moven eue ie t'av monftré en ma dernier-e intlruétion^misauec vn peu de l'efprit du dragon, dif-- fout l'or & l'argent , & les tait mon- ter au haut de rÂlembic ^ tout de: meffrié comme TA^slc îoînt auèc 1 efprit du Dragon> holxc perpétuel des rochers & montacrnes , Maîsfî Ton fend quelque choie auec le Sel dcuan: la fenaration de VeTprit d a- ûeclc corps, il eil pluftoft rendu fixe quedîiToulc. te

Livre II. ï^/

îe te dicts dauantage , qucTcrprît de Sel commun conioinc aueclcf- prît de vin , & d ilVille par trois fois auec luy ^ dêuient doux &c perd tou- te corrofioii &c accrimonie , cet ef- prime combat plus corporellcmenc contre l'Or, mais fi Ton le fond fur la chaulx de l'Or deuement prepa- iré^il tire fa grande rougeur^ôcfi 1*011 procede^^ com.è il faut y !a chaulx donne & empreint à la Lune puri- fiée vne couleur femblable à celle qua eu premièrement le corps d'où elle a pris fon origine.

Ce corps peut receuoîr fa premiè- re couleur , fe mcflant & ioignant à la lafçiue Venus , d* autant qu il adu commencement pris auec elle fai haiflanccdefon fang, ou du moins de femblable au fien.ôdienc t'en di- fây pas dauantage.

Nette que leiprit de Sel d^îffouk

1^6 Les dovze glêfs, aufli la Lune préparée , & la reduîdï: ( corne t'cnfeignét mes inftruâiôsj cnvne nature fpîrituelle.de laquelle , fc peut faire la Lune potable^ces ef- . pries du Soleil & de la Lune doiuent eftre .c6lcînâ:s comme le mary àla iemmc , par rentremife de refpric du Mercure , ou de fonhuille.

L'efpric cft dans le Mercure /la couleur dans le Soulfre^Sc la congé- lation dans le Sel,& ce font ces trois qui peuuenc reproduire le corpspar- faî^ 3 c etl à dire , i'efprit du Soleil fermenté de fa propre huille: Le Soulfrc que Ion trouue abondam* ment dans la nature de Venus en- flambé de fang fixe par elle engen- dré, Pefprit prouenant du Sel Phifi- que donné, enfortifiant&endurcîf- fant la vidoire entiere.encorcs que Teiprit de Tarie , d'vrine & de chaulx viuc , auec du vray vinaigre i-

Livre II. 10

àye bien de la vertu ^ car l'cfprîc vinaigre eft froid , & ccluy la ehaulx vlue eft chaud y c*eft pbur- quoyl'onle iugcàbondroid: cftrc de nature contraire ^ comme auiîî Toil le voit par expérience : le viens de parler en Philofophe, & ne m'eft pas permis de pafTcr outre , &c mon- îker à aucun comment les portes font fermées &c répartes au dedans, te donne encorescecy, pour dire adieu : Cherche tamatiere dans la nature mcthalique , faids en va Mercure , & le fermente d' vn Mer- cure > puis d*vn Soulfrc^ &le fer- mente pareillement de fôn propre Soulfrc , difpofe & mets tout en or- dre parle SeU tire le vne fois par Pa- lembic y ôc mcfle le tout par îuftc poids,&: il viendra vn qui aprîs âuffi auparauantion origme d vn^hxe le, &le coaç^ule par chaleur continu e^

i n

1^8. Les dovzë cleîs, puis le .raultipUc , comme ie t*ay ap- -um ptis ésdcux dernières Clefs.Scle fer- mente pour latroiriefmcfois;, &ta viëdras à bout de ton deflein, quand àrvfage de la teindure , la douzief- me Clef t'en a affezinftruid.

PREK4ÏERE ADDITION

continuant les enfeignemens de i'ceuure fufdite.

POur le pardelTus , îc te veux ap- prendre que du noir Saturne Se du doux lupiter fepeut aufTi ti- rer vn efpritjqui par après fc réduit cnhuille douce comme en fa plus grade pcrfedion, qui peut parricu- lieremcnt &c fermement ofter la vie au Mercure , Scie rendre beaucoup m^eilleur, comme ie tel ay cnfeigné en mes minéraux,

Livre II. x^^

SEC O NDE AD ITION

des oeuures fufdidtes.

Ayant aînfi prépare ta matière fois (eulernent foigneux à gou- verner ton feu, car toute 1 œuure en defpend, depuis le commencement îufquesa la fin.

Noftre feu n'eft que commun & naturel , & le fourneau vulgaire y & bien que les anciens fages & mes predecefleurs ayent cfcript que no- ftre feu n'cft feu commun : le te dits neâtmoins enverîte.que c'eft qu'ils ont tous cache félon leur couftume;» car noftre matière eft vile , &c Toeu- ure que Ton conduit feulement par le régime du feu, eft aifé àfaîrc.

Le feu de lampe auecefprîtdc vin n'y eft pas propre , car il s'y fai£t

ijo Les doyze clefs^ de trop grands courts &dcrpcnres 3 Le fient de chcual n^eft que perte &c jdeflrudion , Ôcn'ortre matière n^ peut iamaîs par fon moyen venir à perfe6lion.

La mukitiide & variété de four- nCfiux n'cft qu'inutilité fupcrfluié3& fupcrfluité inutile , car il ne faut en noftre triple vaifTeau que varier &: changer les degrez du feu.

Pren^ donc garde que les trom- peurs ne te deçoiuentenla variété des fourneaux^ car le nortre eft vul- gaire rie feu commun &. la matière çrt abîeéle à Le matras reflemble en figure au contour & rotondité de la tcrre^ tu n'as que faire d^auoir dauà- tage d'intkudllons , àfçauoir gou- verner ton feu , ôc baftir ton four- neau, car qui a la matière trouuera bien tort vn fourneau ^ & qui a de la farine ne r^içt o;ueres à trouucr vu

Livre IL i/i

four y & ne fe doibc pas beaucoup foucler défaire cuire du pain.

Il n eft pasbefoin d'efcrire ample- ment de ce point , prends feulement garde àlachaleur, &c faidis que tu puifle difcerner le chaud d'aucc le froid, fitufrappissle but, tu auras tout fai£t , &c feras paruenu à la fin defiree de Vart, pour recognoiffan- ce de laquelle foit perpetuellemen t loue Dieu , autheur de toute la Na- ture. Ainfi foit- il

COLLOQVE DE L'ESPRIT

de Mercure à Frère Albert.

ÏEf^rit.

Velle eftroccafion.Albert, que tu m'as tant faîtde con- iuratiôspourme faire venir Albert. ïç te la veux dire , moyennant que

I iiij

|p COLLOQVE,

tumcdonnes^alTeurance pour mon corps ^ ma vie & mon Am.e , & que îe n'auray aucun defplaifir de toy. l'Es PRIT. II n'eft pas en mon pouuoîr de te faire du derplaifir.n'y ne fuis pasve- nu auprès de toy pour cela y mais fi tu ne quittes ton appellation ^ tu es des-ja recommande à vn autre qui te chaftîeratoy & tes femblables, & iouërabien fon içu au falut de ton amc^icne puist'auanccrny reculer, fi i'eftoisvn homme îevoudrois bien eftre fauue , & pource refpond moy a mes demandes.

Albert- ïe te prie ne fois fafche cotre rnoy^ car ie fuis vn bom.me debile^& tu es vn efprit puiiTant & fubtil 3 & pour- ce dy moy premièrement fi tu es r bon ou mauuais :, ou qui tu es, L Esprit.

CGLLQQ.VE Ifj

le ne fuis nybon ny raauuais.mais ie fuis yn des efprits des feptPlancc- tes qui gouuerne la moyenne nata- re, ils ont le commandement de gouuerner les quatre differétes par- ties du monde, fçauoir le Firmamét, les animaux, les végétaux, & partie des minéraux , & nous fommes fept qui par noftre agilité conduifons dâs les trois parties inférieures Jes af cé- dans& defcendans3&; opérons ct\ eux^car les planettes ne peuuctpas defcendre corporellement icy bas , mais leur efprit.lequel ayde les cho- fes qui font difpofées à engendrer par lavertu des quarreElemens.Ce- luy qui a cefte in telligence fe poura difpoferàTœuure.

Albert. le fuis grandement ioycux que tu me donncsvne fi belle intelligence, &;que i'ay coprîs par toy plus que îc

U4- C O L L O QV E

n'ay îamaîs fait d'aucun Philofopîie^, mais îe teprie accorde moy encore vne demande, & îe te dîray le fujet pour lequel ie D ay appelle , & te le declareray par ordre fi tu me veur dire ton nom.

lEfprh. Mon nom ie fuis rEfprît des Pla- nettes, non pas le Dieu du Mercure^ côme tu me qualifies par tes appel- lations,&ne fuis pas venu par la for- ce d'icelle,mais par la permîffion de Dieu , ie fuis venu fans contraîndte^ aufïi qu*il a elte donc à chacun hom- me vn efprit feruiable deDieu, mais il s'eq trouue peu qui s'en rédent di» gnes^pource n'aye point peur de ma noirceur.car elle fera pour le cômé- cernent de ta richefle : Car au com- msncemÊt de la création tout eftoîc en ténèbres, &apresraggreable rou- geur du n^atiu , le Soleil fcleue tpu's:

C O L L O Q^ Ey ï C/

en fâg& feu,{i tu crois à cefte heure îxies paroles qui ne font pas humai- nes.mais vne voix raifonnante félon ma naturelle te veux efcouter amia- blement &: te donner bonne addrcf- fe.fors donc hors de ton appellation 6-: m'y laifTe entrer , affis toy à table &quei'efcrîue auecfoingcc que îe te diray ^ mais dis moy premîereméc le fuieit pour quoy tu m'as fait ve- pir, & ne fois point cauteleux , mais fimple 5c fuccint à tes demandes.

Au nom du Père , du Fils & du S. Efprlt, Amen. La tres-faindeSc yne infeparable Trinite.&infepara- bie Deité vnlque : Mercure ie te de- mande que tu medie la vérité ^ fi ce que les anciens ont efcrit de la Pier- re desPhîlofopheSjOu de fa tein£lu- re eft véritablement en la naturc.oii (iç'çft vne fubtile fpeculatipn.

56 COLLOQVE

l'Esprit.

Sçachcs que les philofophcs pat preuoyance 6t cfcript diuerfes cho- ies afin que les îgnpraîiis qui ne ten- dent qu'a Tor & à l'argent fuflcnt abufez> ainfi le plus grand fecret de lanaturc, & les vertus naturelles qui font à touschercher laverite/e trou- uera que Dieu à mis dâs la nature,& que rhomme ne peut pas cognoi- ftre.fi on ne luy monftre clairement^ ^ &c encore ne le peut-il çoprendre, ai caufe de fon aueuglemét^ & qu il ne peut pas fc cognoiftre foy-mefme. Albert*

Pentends par tes paroles , & bien qu elles foient obfcures ;, que tu en- tends Tor très- fin.

l'Esprit.

En partie tu as bien entëdu^ mais il y a encore vne nuée trouble deuant tes yeux, c*cîl le plus fin or^mais noq

C O t L o Civ^E. 1S7

pas celuy qui eft affiné dans la four- naife , mais ccluy que la nature mef- tîie parfonférultcur Vulcan a affiné fans fcîence, à la mode de luy eft tiré le double Mercure , & quand tu au- ras iceluy tu pourras dîfpuier anec ton Abbé, & luy dire At^oî & i^nis 'tibifujjîcmnt y II eft donemanifeftc ; qu'il eft plus que le fin or? auquel Dieu en la création luy a donné cet- te vertu pour eftre manifefteé aux hommeS;, afin que chacun 1^ puifTe auoir^ s'il eft bien illuminé de Dieu Albert.

Ouy, fepeut trouuerceftor^ L'esprit.

AudefTous du Ciel, en plufîeurs montagnes & valees y tous lés hom- mes Tont deuant les yeux Se ne cognoifTcnt pas.

Albert.

Combien en faut-ilpour roeuurc.

i/8 COLLOQVE'

l'£fprn. Sîca en as deux onces tu peux à- chepter la courône du plusgrâdmo . narque du monde, & garde le refte.

AuecVayde de Dieu nouscntrou- ueros bien autant,&; quâdon en au- ra acheué deux onces , c'eft alTez pour le commencement comme îc croy que vous dicles. l'Efprit.

Mais tft ne feay pas le corps comme moy qui fuis efprit , ie ne parle pas du corps , mais bien plus de l'erprlt, comment veux tu pefer refprit, qui cil: en fi petite quantité^au prix de ce qui eft tire de fon curps , mais après envertu fur paiTant en grade quatite ledit corps, i\ tu veux rendre ceft ef- - prit net de fon corps corporel , ôcle tranfmuer en vn corps fpirltuel , tu pourras dire apes à ton Abbé, Ignis

COLLOQVÈ ij^

& J^iottihifujjiciunt.

Mhert. Occlcfte parole, comment doy- je faire cela.

VEffrit. Solue O^ coàcula j diflbuks & coa-^^ gule.

Jllpen. I Que tes paroles font fuccînétes & difficiles a entendre, & mal-aifees à comprendre j mais toute la fciencc cft làdedâs.ie doy dîfloudre le corps de Tor.&par fa diffolution tirer Tef-

Êrîtteingent:c'eft fans doute le dou.-; le Mercure de Bernard^d'ou eft ti- re ce corps ce n ell pas le fin or^mais la teinture qui eft cachée en luy , de ce la on tire le double Mercure. l Effrit. Maintenant le voile cft partie oftédedeuanctes yeux, tu as bien entendu , entends maintenaïit quel

i^o CôLLoqvÊ,

corps c ert.

Albert. Alice qiioy dois je difloudrelë corps de lorj

L'esprit. Par foy-mefmc , & ce qui eft le plus proche de luy.

Albert. Cette parole ett pefante^voîre plus pefante que la fcience mefme ; ie te prie monftre moy cela & me dis le iiioyen& le tour de main de la vrayé difTolution.

L'esprit. ^ Moy tout efprit^ maintenant îc le puis monftrer, car ic n'ay point de main, mais fi i'auois vn corps com- me toy 5 ie voudrois faire toute rceU'- ûre , cherche foigneurement dans ton Bernard, tu trouueras dedans le moyen &c le tour de main de i vraye diflolution^auec toutes les cir- i

conllances

conftances efcrites trois fois , deux fois vray^ &:vne fois faux, à caufe des îgnorans.

JUen.

O moy miferablc 1 i'ay tant vcu Bernard que l'en fuis quafi au mou- rir^j&n ay peu comprendre cela.en- I corc que parfon cnfeignemcnt îe cognois le Roy , mais la Fontaine m'cft incogneuë.&partant ie te prie monftre moy qui cil la fontaine. UEffrtt.

Tu veux eftre trop fçauant bien toft, îe ne te le peux pas montrer, il faut que tu aye leRoy premiereméc, car on n'efchauffe pas le bain,que le Roy n y foit ; mais toy va chercher ton Abbé &dis luy qu'il te face pro- uifio de dix liur es du meilleur 5; % 'f6 M^M d'Orient , tout ainfi qu'il vient du ventre de fa mère fans feu , après ie te veux déclarer tout ce que tu

K

t6t COLLOQVE

n'entend pas.fois fecrec^&nc mon- lire point tonefcrit à ton Abbc fur peine de lavie.ny que tu m'aye veu, ofte de toy toutes tes appellations èc conîurations, &c demeure toufiours en bonne volonté^ priant Dieu qu il te donne vn boneîprît, autrement îe n oferois plus retourner vers toy, aînfi ieveux eftre ton bon amy, &c autant de Fois que tu auras be foin de mon confeil ^ ie me trouueray au- près de toy.

Jlhert. Ha / demeure encore vn peu , dis moy fi îe viuray allez long temps pour faire la teinture. L' £fprit. Ouy tuTacheueras^ mais ton Ab- bc ne viura pas tant , tu l'auras après fa mort &:{î tune te gouuernes fa- gement, elle te caufera de grâds in- côucniens^&partant prés biengarde

CoLLOQVË î6^

\ àtoy ,&:àquimla rnonftreras, car celle teîndure t\imenerade grands aueuglemens , garde bien tonliurc & ta teindure^afin qu ô ne les trou- i lie point fur toy , autrement tu cou- : feras grande fortune^Sc feras mis en prifon, voire mefmes à la mort , fois icloncbienfage&: te tiens ioyeux,caif I plufieurs de grande & bafle qualité : s'efforcent que lefecrct ne toit point ; manifefté , car ils ne peuuent en au- tre corps direverité qu'é vnevnique chofe, qui ell tout en tout pour dire la vérité, le refte nefertque pour abulerles îgnorans, &te diray en peu de paroles la pure vérité , qui ell ce que tous lesPhilofophes par leurs efcrîpts font demeurez d accord,dc cette pierre Se teinture contenus en la nature,

Alhert. Drs m.oy qui eft cefts. vnique chofc.

Kij

1(54 CoLLOqVE

Toy qui eft bon artifte & vérita- ble ^ tu dois auoir appris de ton Ber- nard, que c eft que i'efprit de foa double Mercure, &tu es quafide- iienu fol en ta première matière & Azot, ru es encore bien loing du vray centre , car tu cherches la vie auec les morts & la plus parfaidc & incorruptible force detoutesles forces naturelles , dans des matiè- res îmj arf aides &: dans des chofes corruptibles, fçaches en vérité que noftre rouge tein£ture eft tirée pure &nette de la plusparfaiârc créature^ fur laquelle le Soleil aye iamais ietté fes y^ux h laquelle vnique chofe par les elpnts plus parfaits eft de la cô- porition des infeparables qualitez des quiitre Elcmxs & par la concor- dance des fept Planettes ont efté ioincts enfemble A fans aucune ay-

CoLLOQVE; 1/5/

de oufciencedhommc 3 a efté par- faite en Ton degré de perfeâ:lon:>le - quel aufTi par vn incroyable aug- mentation de fa propre femence a crté douée naturellement, & fes par- ties {i bien liée enfemble , qu'il ne peut eftre deftruit par aucun Eleméi: fans Tayde de l'art , &c lors cette vni- quechofe eftfujcûe à corruption: îe t'ay affez déclaré pour ce coup de quelle matière lesPhilofophes ont tiré leur tein6ture,{i tu entéds & co- gnoiscequieftcoprisen cette vni- que parole,tu entédras toute la fcié- cc^ c'eft afTez dit â celuy à qui Dieu ouure les yeux, on pourroitbien îcy comprendre ToriMaîs on ne Fenté-^ drapasbîen^ car il y a des créatures crées plus nobles que Torilerquelles il faut chercher la vérité fe tro u- uera, que Dieu à mis en la nature, ôc que rhommc ne peut pas connoij

Kiij

lié Exl^Ll CATION

ftre.fi on ne luy monftre tout claire- ment , & encores ne le peut- il pas comprendre à caufe de (on aueugle - ment^ôc qu'il ne peut pas fe connoi- ftrefoymerme

Louange à Dieu.

EXPLICATION DE

rEfprit fur les quaîîtez de la pre- rnîçre matière»

L 'Humidité efl: la première chofe qui anime le compofé , la cho- fe naturelle ou Thumidite viuifiante ouviuificatiue, ou TAmcou l'Air^ par vne diiToUution de la terre &: congélation de refprît.

Car nqllre magiftcre n efl: que arfaiftement congeler , diiToudrc le corps §c congeler fefpric. Et celles opérations ont tçUç ^U

i

DE L Esprit^ 1^7

lîance enfemble que iamaîs le corps ne fe diffoult que 1 eCpricne le con - gcle^ & l'efprit ne fe congelé point, que le corps ne fc dillolue , ce qui s'accorde à ce que dit Raymond LuUc y &c autres Philofophes , que tout le magiftere Se rœuure d'icellc ' n'eft que difToudre & congeler y Se ceft toute la circulation &c imbibi- tîon de noftre Eau Mercuriale la- quelle les Philofophes commadent. Car fi de matière de terre doit cftre fait le feu, il faut qu'elle foie fubtiliee & préparée. Par laquelle Eau les corps font fub- tîliez& ramenez enla première ma- tîcre,& prochaine à la pierre ou Eli- xîr des Philofophes.

Car comme 1 enfant eft nourry au ventre de la mcre par fon nourriffe- ment naturel , par fon fang men- ftrual^aufli noftre Pierre doit eftrc

Kmj

î6i Explication

multipliée &croiftre en quantité 8c qualitcz plus fortes^, parce qu'il faut qu'elle (oit nourrie de fa graille & propre nature de (ubftance : C'eft ce que les philofophes ont totalement celé & tenu cache , comme le plus grand fecret.

Ceftehumîdkeoitafle, les Philo- fophes 1 ont appelléefau Mercuria- le/Eau permanente ou demeuran- te au feu^&aufll eaudiuinC;, c'cftla def de toute l'oenure.

Cette eauneftpascauderiuîerc au de fontaine , comme eft aduîs aux ignorans ou falfificateurs.

Noilre eau n'eft que vapeur Se eau qui cft dite mondifiant , ou net- toyant, blanchllTant ôc reuiuifiant, èç rejettant la noirceur des corps Ja- quelleeftappellec eaapUvinte.

Cette eau Mercuriale n eft autre thofe quç 1 efpîit àçs çprps cpn-

DE L'Esprit. i(^

uertîs en nature de quînt-eflencc.

Cette eau eft appclléc vinaigre très- fort, ôceftcogueue de peu de gens : en noftre pierre eft contenu deux fubftances dVne nature , Tvnc volatilleôc Tautre fixe, Icfquellcs & chacune d'icelles eft appellée ar-; gentvif.

Et c'cft d'oiî naîft la pierre, après la première coniondion d'iceux , & non pas deuant,&: faut que les corps foient tournez en nos corps, ôci- ceuxenefprît,

FIN,

LES DOVZE SIGNES

du Zodiac qui font cites en cet ceuure des douze Clefs.

Aquarîus Pifces

i^

lanuîer.

X

Fcurler.

Aries

V.

Mars.

Taurus

tr

Auril.

' Gemini

n

May.

Cancer

^

luin.

Léo

<fi

Juillet.

Virgo

iip

Aouft.

Libra

£l

Septembre,

Scorpius

W>

Odobrc.

Sagittarlus

+>

Noucmbrc.

Capricornus > Decembre<

Stances 171

STANXES A L'AVTHEVR.

I.

D'f^nc jtdjlance feule on njoitnai' Jire trois chofeSy £^t trois njnis enfemhle il en naijl Foj -

nitèy Dieu ayant tout reduit^arfa diuinitè. Fit les diuerfite^ que nature a defclofe II. yne Effence defoy de nature femhla-^ hle y Vne chère licteur tirée defon compofly Dont l*artijiea le f oing y laquelle nom p forclofty De tout foing de trauail & de toute mifere :

îiu Mais far cefeul moyen dejt faincle entre f ri fe , faut regarder le teps lors quelle n)eut

i^i Stance^.

àoYmÏY Et dans fon temple fainB luy hailler\

& fournir VAir 5 le Feu gracieux ^ & ^^JPf^

chemife:

IV.

Deux fpermes nous aurons enn)n

compop remis.

Reunis y adapte:^ au iardin d'excellece.

Ou les oy féaux feront qui auront /^

puijfance De refueiller ceux la qui ejloient en- dormis.

V,

Vous qui voule:^ feruir au temple de

Afemoirey Aye^ efgardau teps àexcellete heauti^ Car le Ciel Crijtalin de très -grande

clarté^ Nous fera voir'vniourle pourpre fan^^

guinaire.

Comme ï enfant qui ejl nourry -de la

Stances. //j

mammelhy '^1 fions aurons mefmefoingàe ce qjiieji

procreéy ^ Itifc^îiati ternes que le lai& luy ait fîus

auance\ , Son corps y pour luy donner ^viande qui

l'excellé.

VIT.

Lors rohujle en naijfance > & plein de rnajejièj ! Nous aurons "vn grand Koy qui aura la pînjfance Degouu'srner lesjiens ^ & par fa pre^

uoyanc€y Les paume: &cheîifs il mettra enfant

¥

174

AVTRES STANCES EN

forme de vœu.

u

'AinEle Flamme du Ciel^fage & fainte conduite y ^ élut d'un rien tout de tout as f . fait de fuite en fuite y Difvofant les humains far njn ejlroit

dehuoir, Collauder ton fainci nom , ton facré faincl 'Vouloir. II U ordre c^ue tu as mis en l'Jrt & la

Nature, NousfaiEl ^oir en tesfai^s irne riche

firuBurCy Que la Terre & les deux qui font

Stances 175

D'^vn fufrefme 'vouloir ta main a or^ III. ( donne :^,)

Et fuis ap res ce corp ou tu as mis nojlre ame^ Efi agittie toufiours de ta àmineflame] Laquelle njn temps "viuam recherche le mourir. Pour le mortel furuiure en linmor^ tel defir.

IV. Car la njie & la mort gijl en ta CO'* gnoiffanccy §lue l immortalité furuit par fa naif-^^

fanccy Pourfuiure lesfmtiers de la njie ad-- ueniry Tu 'yeux que lien Ifiuant foyons preji a mourir.

V.

Et ïhomme ayant "vefcu félon ta fain^egrace^'

i/'ô s l'ANC ES

Mourant il furuiura te voyant fac '

à face, £ fiant receu de toy four fa dernier

fin. Ou efi tonfainEl Soleil & le lieu Cri

fialin.

FIN.

A Z O t Hv

IV LE MOYEN DE FAIRE '^ l*Or caché des Philofophcs. De Frère Baltle Valentm.

!acu>corrigc& augmenté par Mr. L'agneau Medecia.

'/I

hez P I E R B. 1 M o E T, Libraire la rc, proche le Poni S. Michel a llmacre S. Alexis.

M. DQ. L 1 X.

A Z O T H,

OV LE MOYEN DE FAIRE

l'Or caché des Philofophes,

de Frc re Bafilc Valcntin,

Vremiére Tdrtie.

Adolphe, leVieillare.

Enerable Vîéillarcljbîcri j^ vous (oit , vous appèr- ^ çeuant il y a ja loiig« temps y de loing , feul, proche de cet arbre , pcnfant îc ne fçay qudy en vous -mefmc , ie ne puis plus tarder que iene inaprochc de vous y pour fn informel' du fujct de eefte mcdîtation. le Vieillard. Pour vrajr îeune Adolefceni;

A îj

A

4 A Z O T H

maintenant îl m'eft permis cognoiftre les chofes qui me fcmbloîent en mon îeunc aagé încroyablcs,& hors de raifon, car lorsque i'cftudiois, bouffi d*or- gueil y îe me prefumois fçauoîr toutes chofes ^ & maintenant à la fin de monaage, îe prensplaifir de rechercher auec grandfoin^cê grand liurc plein de difficulté la nature, encore que ie voy tou- tesfois toute occafion & lôgucur du temps, palier comm^ vnc eau coulante^ & dcquo} grandement ie me plains.

Adolphe. C eft à la vérité ce que i'admî^ re entoy Vieillard ) quand confidere les affedîons (i con- traires entre nous : car i) tcfcm- ble que le temps s'enuole deuant h faifon , & les iours me fembiét

DES Philosophes^ / aller trop lentement , pour ccfte f au(e il y a long-temps que îc de- ilre monter a cheual & trouuer compagnie plaifante qui me puifïe olter la fardierie que m'a- porte le temps coulant (i lente- ment.

Le F^ieillard. Certainement , o amy , îe vous P yoy en la fleur de voftre aage^ d'vne face libérale, partant îele- rois tres-aife de fçaupir vpftrc nom,& voftre race, eftîmant que n'aurez de s- agréable ^ fi tout fou- pçon de fraude ofté , îe demande voftre nom , & la condition de voftre vie.

Aàolfhe.

Mon nomeft Adolphe, &mâ

Patrie Haflie, Taquellc m'a en-

feigne les lettres dés mon bas

aagc ^ Se a^uancç en aage , Vajr

Aiij

^ A Z O T H

jaifTe les eftudes , &z ay appris la marchandife , & n ayant nyTu- çeur , ny Guuuerneur :, mefmes admîniftrant mes biens pater- nels.i'ay eu enuic d'aller voiagcr, t&ç YQÎr les terres les plus efloî- gnces , & certainement deuant toutes chofes , il me plairoît aller à Rome ^ maiitrefle de T Vniuers, auec compagnie^toutesfois ie de- fire auaut entendre voftre con- ieil 3 comme homme bien verfe à Vvfagedes chofes, &: expérience. le f^ieilUrd Mon confeil ne vous manquera pas , pourueu que vous ne refu- fiez d'obeyr aux bons aduis que îevous donneray , pourcc que î'ay moyen de vous en ayder plus facilement payant lacog-noiiTan-: çg de ces lieux.

DES Philosophes. 7 retVimc qu'il me fera loifiblc de vous obeyr à vous principale^ ment qui eftes vieil , & auezTcx- perience des chofes : de grâce monftrez à celuy qui erre , & fuit les chemins obfcurs } vous iuo-c- rez auoirtrouuévn auditeur do- cile &c attentif.

le Vieillarà . Vous dites , mon fils :, que vous auez defir de voirRome^maîs te- nez- vous pour perfuadé que Tay veu véritablement cefte telle de rVniuers, mais eftant maintenât fait plus fage par Taage ^ îc fuis plus aduifç &: attentif aux périls & dangers. Or fuiuant mon ad- uîs ^ ne veiiillex conuerferlong- tëps en ces lieux, car ce lieu eft à la vérité , ce que ie vous diray plus amplement cy-aprcs. Mais il me dcfplaift grandement que

^ A Z O T H

îe vous voy acculer la longueur du temps en {i parfakte lante, bien que vous n'ayez endure la violance d'aucune maladie ^ellac en ccftç fleur d'aage. le fouhaittç donc que vous eftimiez ces cho- fes deuoir eftre prifées auec plus de confideration, car vous voyez que i'ay pluftoft acquis ces cho- fes en moins de temps y que ic n'ay paiTé celle longueur de ma vie : il n'eft licite de pafTer le téps en oyfiuete , mais pluftoft foî- gneufement , & auec diligence^ s'addonner à la cognpiflance de pieu & de fes œuures , & y em- ployer les forces de nos fens ^ car nous fommps crée à limage de Dieu , à cefte fin et non pas à la femblance des beftçs , qui ont cfte produites pour noftre vfa- gc. Nos yeux donc foiçnt ou«;

desPhilosophes. ^

uerts, & nos oreilles attendues pour louer Dieu 5 fuyr Poyfiueté;, & employer le temps aux eftu- des. Adolphe.

Verîtabiement.mon Vieillard^ il me femble auolr defia com- pris les choies qui me font necef- faires ^ car i'ay acquis la cognoif- fance de la langue latine, &lano- tice^recueillie de la dodrine Arî- ftotelique. l'appercoybien qu'il n'eft de befoîn de fe trauailler tant en ces eftudes principale- ment quand ie recognois que toutes chofes font imparfaites &c vaines^ ôcqu'ihVy aaucunMai- ftre ou dofteur de l'arc , qui con- duife les adions en telle forte^ fans fraude Ôc tromperie^ qu'il puifTc acquérir dextrement la fia defiree. L'eftude de l'aftrono- înie , qui deburoit cftre deuanc

70 A Z O T H

tous autres Arts très -certain, &c indubitable , eft du tout incer- tain y trompeur &: inconftant , on fait pareil iugementdelaMede- cînc. Quieftceluyquiconfiderc les mauualfes couttumcs & er- reurs qui fe glifentés efprits fa- crçzdes Théologiens, veu que Ton ne doit douter delaSainAe Efcriturc, de fa fermeté & con- i^ance , & neantmoins elle eft prefque prife en diuers fcns de tous , &n'y a fin aucune des con- trouerfes^par icelle les vns erpiët la vie d'autruy , les autres tuent Tame , les autres pourchaiTcnt les biens , & n'y a fin aucune de lar- cins,de rapinesjde debats^& que- relles ,& chacun a couftume de lolier, ôc dire ces œuures eftrCjOU de grande doûrînCj^ ou de pru- dence , ou de force. Mais encore

DES PhiLOSOPHPS. Îî

que ieune ^ ie ne puis confentir à ces chofes, bien que îeneftudie plus principailen^ent à caufe que ie voy que le vray but ert de cha- cun prefque delaifTe, & que ces îours paffez il me [ut reproche par vn certain Villageoîs.que les plus doftes font les plus mef- cbans, S<: les plus pernicieux ; & aucuns craignent (non fans raisoj que les docles porteront la pei- ne de cefte chofe par leur propre meTait - Et n'y a raifon aucune pour laquelle nous nous recirons de la vraye & celefte doctrine/ veu qu elle nous a efté diuine- rnent delailTée par le Verbe In- carné, comme ie Tay cydeuant entendu de vous. Mais pour mieux dire, la fagelTe humainc& le cercle inconftant des dodrl- ms eft imparfait , pc çroy que

Zt A Z O T H

VOUS ferez de mon opînîoncn ce, LE Vieillard. Il cftbîcn vray-femblabic, & ie nV attribue la cognoîfTance de la langue latine ^ mais la notice des langues eftrangeres n'a point de lieu propre^ ny peculier.ôc ne femblent nçceiTaires aucuncmét: comme eft la langue HcbraïquC;» & Grecque;, par lefquelles laçp- gnoiflance de tous les Arts nous a çfte anciennement enfeignéc;» & nous vpyons aulTi que ces lan- gues étrangères font principale - ment necelTaires aux maifons des Princes, à caufedes affaires di- uers , & eft vn excellent don de Dieu, lequel pavoift àVexemple de ceux qui édifioient la Tour de BabeKentre lefquels y eut confu- fion merueilleufe des langues , à celle firxqu efpars par tputçs Içs

DES Philosophes. i^ contrées ^ & parties du monde^îls ne fc peuflent accorder. Toutes- fois ces chofes eftoient tellemenc gouuernées de^Dieu,treS'bon^& tres-grandiqu'ilsfeferulrent, &c par la force du Saind Efprit (les deuots de tous les Gentils araaf- fez j cefte Tour, baftiment fol, a èfté conuertîe par le niinifterè desApoftrcs.cnTemple dcDieu, faind &: facré , dans lequel font entendues lesloiianèes de Dieu- car la confufion ne plaift à Dieu, comme au contraire leDiab;e eft Authéur de difcordes ^ & querel- les, &DieucaTrinicé nous de- mande la paix , & la concorde, mefme de toutes chofes ; Cette cft la paiX;»apparoîlTanc par deffus tous, enlaque'Je le monde a elle fait, & reluifent les Gouuerne- mens des Royaumes en laquelle

î4 A Z O T tt

lefus-Chrift noftrc Sauueur, & fes Difciplcs , nous ont laiiTé vn exemple qu'il faut imiter auec foing.Lt cerces.cesdiores fufErôc de la cognolffauce des kngues diuerfes , mais quandau falut des ames/il n'eft pas ncccfTaire d'em- ployer fonaage pour acquérir la cognoiflance des langucs^mais il eft expédient que nous enten- dions les fermons facrezdes Pré- dicateurs , & que nous lifions les Efcritures Saindes auec diligen- ce,comm.e ilsfont^és princîpalles trois langues , la langue: naturelle eft propofee à tous y de mefme la r4iilofophie naturelle , &lc foin d acquérir des biens de fortune. Mais les fages mondains ^ &les rufez de ce fiecle prennent che- min diuers^non contents du gou- uernement ordonne de DieUi

Des Philosophes, ij ccrchcnt les eftrangeres & con- traires: De le précieux threfor du temps eft diflipe ^ &les Ames en grand danger de fuccomber à la fin du fiecle, que Dieu vifite- râla dernière Ville de Hierufa- lem,c'eftàdire,le mondevniuer^ fel^ &lc iugera.-Auffi femblable- ment paroiftront les trois enne- mis capitaux ^ & principaux y les fpîrituels comme ils eftoientde- uantlavenuëde lefus-Chrift, &c faPaflfion, mais à fon dernier ad- uenement leur confeils feronc vains &: ridicules deuant le Tri- bunal de lefus-Chrift. Si donc il arrîue que ceux-là viennent par cy-apres ;, nous cognoiftrons fin du monde approcher ; car en mefme temps lesdinerfesTeéles des Pharifîens^ Sadducecs,& Ef- feens fe Icueront ; fçauoir û les

x6 Àz O T H

Pharîfiens Operateurs neftoîcn't pas arrêtiez a la terre , occupez aux ceuures externes , n'ayant co- gnoidance de lEfprit ;> ny delà venue du Meflîe.Lés Sadducecns ne nioîent-ils pas la réfurredtion des morts ? Les Efleens réplis de l'Efprît Anabaptîrte ne combat- roîcnt-ils pas contre la Sain£tc Trinité ? le premier bbfpherac contre la puiflance de Dieu , le fécond contre la mifericorde, & le troifiefme plein d*iniure con- tre le iiille & vray Efprit deDieu, Oncognoift delà que les hom- mes font toufiours contraires à la loy de Dieu , &: bien qu'ils fuf- fent plufieurs en nombre Se dî- uerfité de fe6les , toutesfois e- ftoient nommées les principa- les y lefquelles tafchoîent de nui- re en la dodrine de la Sainde

Trinité:

Des Philosophes {y

Trinité: car les vns d'Orient, lés autres d'Occident , changcanc ieuleaienc leurs noms , multU plloicnc de iour en îour en mali- ce , & les lulfs eftoient en petit- nombre, & y auoit peu de luifs qui fulîent addonnez au virây cuit, lefquels menans vne vie fe- crettté^auec grand foin, ils fuyoient les emburches de ce monde* Il faut donc efproaucr tout efprît y mais qu'vrl chacun de nous s'ef- prouue foy-mefme par le Verbe diuin , comme par la pierre de touche ; que fi ainfî eft , cet Efprit: enefpluchant d\n chacun la con- fcicnce , de meurera à toute cf- prouuéc : Ces chofcs Toîent dîtteâ de cognoiflTancè des langues : & tenez pour certain que la con- fcruatlon naturelle ;, iournaliere, & éternelle de ThommepSc fâco-

B

i^ A 2 o T il

gtioiflance ne corififte feulement à la recherche du corps animal, (car il n'appartient qu'aux hom- mes d'errer J mais plultortenlac- quifition de la perfection de Tv- ne & l'autre partie , c'eft a dire , tant du corps que de Tefprit^ au Verbe Diuîn, laquelle conferuation fin- iieftîgcition de natute doit fuiure 3 car nous prenons de Dieu noftre origine, nous retournons à luy melme^&en iceluy nous nous ar- rêtons, car le Verbe eft la feule règle & le fceptre , & la namre la règle de toutes créatures , prépa- rant la voye pour Thabitation de î'ame &c du corps , par lefquelles chofes on cognoift certainement lcÇ?€rc, aymantDieu. Ariftote n'a pas eu vraye cognoiffance de tou- tes ces chofes , encore qu'il fut de grande dodtrine , & excellent par

DES PHI LOSÔPHES ïp

deffus tous, cil fubcilicé de raifoii humaine , car il eft permis le voir aucucrle aux chofes de ce monde. Il en faut autant dire de fes fcdtateurs, encore que leurnom foie en grande eftime & authori- cnuers plufieurs. Or deuanc toutes cliofcs il faut exadlement confidererle temps, 6c fuîure l'c- ftude de vérité &: iuftice de tou- te noftre force 5 & implorer Taidé du Saind E(prit , qui nous eflargill la cognoitîance des chofes fpirituel- les , & virilement prendre garde que par les vices nous ne tom- bions dans le labyrinte de ce mon- de mais fuiuans le bien & équité, & ne permettans écouler vn iour ny heure fans trauailler , toutes nos actions conduirons à la gloi- re du nom de Dieu, &: au proffic du prochain.

Bi;

ZO A Z O T H

Vous auex fi amplement par- le de toutes ces chofes^ mon Vieil- lard, qu'à peine en ay-je retenu quelque parcie , dont ie vous puif- ferefpondre Jevoybien qu'il faut fuîure le bien en toute diligence & foin 3 èc n'eftîmc pas qu'il foie bon fe hafter de rcfpondrc à tous ks points cnfemble, mais lente- ment:, Se après y auoir bien fon-

LeVieillari. Il faut apprendre , mon amy, les chofcs que vous confeifez ignorer encore , car le confeffc que par le moyen dcsfages & an- ciens ^ îe fçay le chemin facile & defiré, lequel ne defefpercs pou- uoir atteindre, pourueu que vous y apportiez la volonté & diligen- ce rcquife»

DES Philosophes li

Adolfhe Certes i'ay grand defir d'en- tendre de vous toutes ces cho fes, &c employeray tout mon eltudc & labeur pour fatisfairc âmondc'^ iir, principalement quand ie co- gnois que toutes ces choies fon v el- les & honneftes.

Le ï^ieillarà. Deuant toutes choies cftâcon- fiderer auec beaucoup de raifon la noblcffe &:excellence des fept di- gnitez, lefquellcs ie vous mettray par ordre maintenant , qui font, la fante heureufe , & la charge foi- gneufe du temps j laquelle ell tri- ple y maïs cft à rc jetter le foin de la bonne grâce, de Tauthorité ôc eftîmatîon humaine , comme auffi de la force , & de lapuiflance, & des richeflfes , & de fa propre commodité, car ces quatre fonç

%p A Z O T H

dons defquels ont accouftume les hommes d'abufer , fans y pren- dre garde. Q.ie fi Dieu tres-puif- fanr, & trcs-grand^, ne nous vîfi- toit à caufe d iceux dons par af- flidlions &: tentacîons, ôe qu'el- ques fois par mort foudaîne , auf- fi ne pâtientoît ( comme par ma- nière de dire ) de chaftlcr leshu-- îiîaîns ( car deuant luy il n'y à point çfgard des perfonnes, confîdera- tion de dignité, ariftarque refpric de l'homme , ignore ce qui eft , & le fait foir & matin ) nous paruien- drons facilement à la contem- plation Se çognoiffance de ces biens. Mais vn chacun de nous a auiTi foin, après le falut del'ame, de i'eterneî & pe^-petuelle fan- té, de la paix durable , de Tangelî- que beauté , de la force & celefte fâpîence ^ & d€§ direfors de la

DES Philosophes z$ j gloire , lefquelles cliofcs nous lonc proQVires,.& en attendons le fruiâ: & cotnmanication par no- ftre Sauiicur lefus-Chrlft , mais non pas en ce corps corrompu & galti. Si nous perfeuerons iufqucs à la fin de cheminer en fes voyes & eafeigacmens , & îufques à l'arche vraye de confideration. Car qui obeyra à la volonté Dî- uinc , defcouuerte & demonftrée au Uure de vie , fon nom ne fera efface de ce liure de vie , car nous fommes tous appeliez. Encore que véritablement îe deburoîs dire quelque chofc de la gloire de ce monde, laquelle eft vraye, toutes fois eft nulle , & du tout morte , comparée à la gloire cele- fte, encore qu elle foit vn threfor

trcs-precieux , car îe la recognois

Bt •• UIJ

14- A Z O T H.

telle y finon qu'elle eft caduque & vaine, non pas perpétuelle & im- morcelle comme la gloire celc- ftc, lefus-Chrift. Or heureux & vrayemcnt heureux ceux , refprît defquels Dieu illumine par les af- fliârons, Ôc les conduit iufques il femblc que les chofes tem- porelles n'ont point d^efEcace, car alors le débat fpirituel, la lut- te & les armes , paroiflbient à ceux quienvfent: Maisic fuis d'accord que ceftc force defpçnd du feul Verbe de Dieu, & eft concédée aux hommes à Tarticle de la mort, mais non pas à cous : de la aulli prenans les chofes au rebours qu'elles ne font , & falfanc peu de conte de la vie celefte , nous me- nons vne vie du tout pyfeufe &c voluptueufe j eftimans que nous muons qu'à combatte la natu-

DES Philosophes. s^y re, bien qu'il en aille autrennenc, d'od vient la fcuerité en toute la vie de l'homme , qqi fait office de tyrai. Ds eft euldent que Tef- prit de l'homme eft aflujetty aux pafTions &c tourmens , auiîi comme leTprit a le premier pechc , il a confommé les péchez en fécond lieu par fon corps. En la mefme façon le chagrin perp etuele & Taf- flidion précèdent la mort , & la fait paroiftre à l'homme plus hor- rible que toutes les chofes, ôc principalement à ceux qui ont mené vne vie fale , vilaine ^ & des- honneftc, alofsle remords de con- fciencetrauerfe les âmes des hom- mes de mille tentations. Pleuft à Dieu que nous congneuflions vrayement la gloire diceluy au tcm.ps de la grâce offerte , & que la peuflions comprendre des yeux^

%i A Z O T H.

& des oreilles, comme conllîtueTS au précèdent, &: a Taducnir , par fon verbe , dans le quel font cachez les threfors celeftes & éternels , qui demeurent après la fin S^de-- folation de toutes chofes , bien que toutes chofes foient remplies de la Majefte Diuine, & que d*i- celle toutes les créatures & œu- ures de fes mains portent témoi- gnage au Ciel , foubs le Ciel , en terre , &: fous la terre. Car en tou- tes ces chofes , il eftoît Toifible de contempler Dieu fouuerain^ &: mai- lire en la puitTance de fa vertu , & en fa borné : Que fi nous confidc- rons cela auec dilicrence, nous trouucrons qu'il nous conuient contempler les çrrands threfors de la fageiTe, affin que outre la cognoilTance de Ion verbe , trem- blons deuant fa face > à caufc de

I

DES Philosophes. 27 iltiibcciricé de noftre eTprit, nous puilîions acquérir iceux threfors ( qu'à grand peine pouuions nous jamais efpererj quand nous confi- dcrons Dieu très grande: tresbon, auoir crcc toutes chofes par ordre, bon, & décent en noftre confidera- tion.Carl homme cocemple vraye- ment Dieu en Erprit,& peut fe ref- ioiir en iceluy^quand il fçaît qu'il eft en Efprit l'Image de D!eu, & flu'il veut conduire les actions de fa vie félon laloy de lelus-Chrift, premder Adam^, & precmTeur des actions , à Pvtilite du prochain. Or en la vie future & parfaîdle , nous aurons cpgnoiffance entie» re de la gloire diuine, fans aucun trauail &c peine nous appren- drons ce que en ceftc vie nous- fommes contrain£ts de deuorer: en cefte vie là, Vhonncur & la

tS AzOTH

gloire du nom de Dieu fera par- iaidt , &c demeurera à perpétuité, car nousauons apperçeu fa miferi- corde rcnouueler tous les iours, & fa gloire ne pourroit eftre af- fez cliantée p^r la voix des Anges , êc ne pouuons nous autre liom- mes aiïez diligemment rechercher êc loiier les diuins myfteres, fi le Saind: Efpritnenousaflfifte. Or les melchans qui ne regardent qu'à leur profit particulier , ont touf- jours deuant les yeux l'afflidion perpétuelle de ce feu éternel ; la faim & la foif les accompagne^ la vifion des Diables , la froideur & chaleur intolérable qui mefmc affligent &: tourmentent les Dé- mons , encore qu'ils ne puiffent fentir les palTions élémentaires mais feulement fentiront les peî- îles éternelles &: fpiritue les ^ def-

Desphilosophes ip quelles chofcs nous ne pouuons rien dite de certain, finon ce que nous auons efpuifé dans les my- ftcresdu Verbe Diuin. Auflî que nous deuons confiderer &c exami- ner leternite , 6c la durée du temps, qui fera à iamals, & prier Dieu tous les iours , & à tous momens , alEn qu'il nous deliure de |^ennc- my y qui tafchc de nous opprimer par infinies tentations & maux, en toutes nos voyes ôc fentîers comme aufli les autres créatures &c leselemens , les corps celelles &c les efprits qui s'efforcent de nous nuire , fi Dieu en cefte partie ne nous aydoît. Oc fur toutes chofes eft necetfalre la prière feruentc, par laqu elle nous demandions l'ai- de &fecours du Saind Efprit, af^ fin qu'aydez de fa grâce , nous entendions &c apprenions fans

 Z O T H

relafche la parole de Dieu, paria- quelle parole nous auons con- fiance en Dieu, qiii eftla règle & la pierre de touche de noftre vîe^ quand luy mefme dit ; faites cela , &c vous viurez. Et en autre iieu^ qui a pcchc fatle pénitence, &nc pèche plus? car il ne fe ref-jouyrt pas de la mort du pécheur, maïs veut (a conuerfîon, & quil vîue. Mais pour ce qui touche la co- gnoiffance de noftre chair, ils en- bleroit de prime face qu'il n'y a aucune puiifance celefte, la colè- re de laquelle, &c Ces peines, fe- roîent à craindre , quand nous ne pouuoDs voir de nos yeux, &c en- tendre autre chofc, flnon chofc.^ caducques, mortelles, & terre- ftres, & non pas la volonté Diul-- ne. Mais les chofes font bien au- trement, car nous auons Moyfc^,

tJEs Philosophes. 5/ & les Prophètes, &c la voix qui crie aa delert, qui annoncent la parole de Dieu^ Ôc fa volonté^ &c préparent la voye , de laquelle nous* foyons cftimez dignes en ce grand lour de noftre mort, Se vniuerfel iugement 5 quand tou- tes les allions des hommes feront examinez félon la reigîe du liurc de vie , & !e tefmoignag;e de l'ef- prit, &c la fentence fera donnée contre toute chair viuanre , car à lors les Infidèles verront celuy, du- quel Ils ont perce le collé, quand ils ne lont voulu vo^r inuliiblc^ ment en efpric, & par foy, s'ils n ont mis les doigts aux playesa . luy faites par !es Lufs , confideranc ^pluftoll: les chofes qui conuiea- nentà la nature de<:e monde, que celles qui font attribuées au Roy Celcfte

jt A Z O t H

Adolphe. il me fembioit certainement entendre la predicatlôh de quel- que pafteur , bien que ie ne puis nier que ces chofes fpirituelles me font à charge, & quil n'eft pas permis ordonner les actions de ma vie félon celle reigle, mais paraduenture & aucunes -fois on fe plaift d'auoir appris ôc parfaiéfe ces chofes. Cependant toutesfoîs îe m*esforceray faire toutes ces chofes diligemment , & autant quil me fera poflible, & que les forces de noftre imbecilite hu- maine le permettront^ & d'autant que vous auez fait mention du threfor de ce monde i ay grand defir de fçauoir de vous qui cft ce threfor m-ondain jcar il me fen- ble f auoir il y à Tong- temps con- gneu, & qu'il n*y en ait autre quei

les

DÈS Philosophes. Jj lesbiensôcricheflesde ce mon- de , que s'il y en à vn autre con- traire a mon opinion ie fouliaî-- te grandement en fçauoir dcvous la defcription & entière cognoif- fance.

Le V^ieilUrâ. Sçauoîr fi i eftime que tu de- flre la cognoiiTance entière de Ce ; quand tout le monde bruflc de le fçauoir; Mais ayes cela pour aiTeuré, que ce trefor eft l'éflence fpirituelle & plaine de vertu non! feulement abondante en richcf- fes mais aufli en fience de méde- cine; &certesd vn telbreuuage médicinal , par lequel les hom- mes font deliurez de maladies in- fuportables par la faueur & grâ- ce diuine ; Aufquelles maladies mefmc vn autre médecin ne peut donner foulagement. Or ce

a

3^ A 2 O T Ht

myftere furpafle de beaucoup toute l'excellence de l'or & de rargcntj&efguillonnela raifon humame^& elt plein de myltcres qui femblent aux autres incroya- bles : de toutes ces chofes vous pouuez lire lareuelatiôHermetî- que deTheofrafte/ie ne vo^vcux pas dire maintenant quel il cft^ car ce miftere eft vn fecret caché dés le commencement du mon- de, iufques icy > & eft telle la vo- lonté de Dieu, & ne vous reuo- Icr^y plus amplement ce fceau de Nature, à la façon des anciens Philofophes ; &: Tes fecrets font afTczappertemcnt &: au longdc-^ | clarez par les authcurs, mais par prouidcnce diuine il a cfté con- .^ cédé que ce myftere foit rcucle I aux pieux & deuots fedtateurs de ceft arc , car des le commence-

DES Philosophes ^/ ment il cognolft toutes les cho-^ fes futures , &c telle eft la prouU déce diuine , aux pieds de laqueU le les hommes doiuent ietter les faifleaux d'oro;ueiK Adol^hco Encore que vous vous fôyèi efforce iufques îcy de cacher cc^ choies par vne couuerture pur$ fpirituelle, toute-fois cognoiflez êcentédezinaintenât ce que vous voulez inférer de là, car ce mifté- re etVla vérité & la pierre des Philofophes mentionnée en léiirs efcrits, compofée de la première matieretfçauoir eft^deSel^Sôufre & Mercure. Tous les liures font mention de cefte pierre Philofo- phique &c tous les iours ont efté mis en lumière plufieurs écrits ^5e: mefmes ay cogneu quelques vns dui addonnez à ceft art , & m'^tt

Ci)

se A20TH.

ont confcré,&:ont accouftumé de môftrcr des efcrits, lefqucls moy mcfmeay changez en quelques lieux. Et encore qu'à la vérité ils foient roigneufenient&artificîel . lement trauailiez y toutefois font corrôpus^&malicieufemét chan- gez d'iceux Délàllmprimeur &: le vulgaire, i^rnorant, le font tro- pez& le guain eft pour et feul rapetâceur , d'où le rccognoîs vn grand fcandale. Outre ces chofes BOUS ne voyons d aucuns la fin &c Veffctt de l'arc. Et les artillcs font femblables au rare & noir Cîgne, qui ont trouué fon vray vlage, aujGfj qu*à plufieursés efcolesles préceptes de l'art fonttenuspour fable^ôc fornettes:» ce que i'ay en- tendu des plus docleS;» qui difpu- tzi auec les artiftes, les ont appel- iez rapperaifeurs, impofteurs , &c raipudens^ à caufe du peu de cer-

Des Philosophes 5/ ticude &de côllance qu ils ont en leur art, &c iamais ie ne croîray que CCS excradteurs de lart puif- fent produire de l'or &c de l'argéc des autres métaux inférieurs^ ou bié ie penfe qu ils les font» ou par la vertu diuine, ou par enchantc- mens , ou par le myftere des dé- mons , principalem.cnt quad i'ay entendu que plufieurs eftoient foupçonnez, fans caufe, auoîr familiarité auec les démons. Mais ie defîre entendre devons ( home vénérable ; plus foîgneufement,a caufe que ievoy quevQUs en aues la certitude jbîé quevous refufiez de me reueler les mifteres orînci- paux de l'art : Mais ordonnez de cet art , & donnez plus faîn iugc- ment de la transformation des fc- crcts de nature , fç^uoîr fi ce don cft concédé aux hommes de Piçu^ trcs-hon^& très grand; c^x

X

jSi  Z O T H

quand l'y penfe ; ie luis grande Rient eftonné quand principal- lenientil me fouuient auolr leu quelques chofes fur ce fubie6t,& fcmbloit moins pouuoir en- tendre leur fens, & que les trom- peurs de l'art ont acoutlumé dV- fer de manière de parler, caché <Sc différant des autres , de procè- dent les defpences yaines de taiiL d'anées^de fraîs& de labeurs îm- mefes, qu'il n'eft loifible de crie que Tefperance eftdutoutdou- teufç incertaine & tfompeufo qui nourrit les enfans de Tarr, prîncipallement quand le vray çffedtdeceftartiVellveu en au-- cane part. Le Vieillard,

Mais, ô amy , îe vous monftre- ray ia fin & le vray effed de cell^ art.affin que vous fçachiez la cer- titude d'iceluy, & que ie la polTe- ^c Yrayement, mais que cela faiç

DES Philosophes. 5^ ék de lapierre^&vous perfuadez que i ay vrayccognoillancc de la racine de cell arbre ^ enfemblc auec les chofes neceiTaires à ccft çftude, laquelle racine toutesfoîs eft încogneuë de tous les autres, & du vulgaire. Ne vous laflez pas quand vous verrez que ic feray plus long que de couftumc quâd ie difputeray de ces chofes:car la raifon de ceft art le requîert,&le§ chofes principalles prcnaicrcs & excellentes doiuent procéder en après les terreftres. Or îe repon- dray cy après auec plus de lon- gueur &c auec queftions que vous m'auez propofées demonllreray éuidemment auolr dit chofes vrayes. Aàol^he.

le defireroîs dcuât toutes cho- fes fçauoir l'a raifo pour laquelle nous cosîioiffons aucuns ar -^

4P A Z O T H.

tiftcs qui ait acquis la perfection, &:fçacheexaâ:cmcntjatranfmu- ! cation des métaux ^ au contraire cet an eftmefprire des plusdo- â:es, qui toutefois àbon droit eri deburoient îiuoîr l'entière co- gnotfîancc , quand principalle- ment iln'eft fans frui£t & vtilité, | bien que le n aye entëdu y ny veu enaucuniieu, aucun qui ait ac- quis par ce moyé les richeffes de Crefus. Et encores veu que vous vous attribuez la cognoilTace de cet art ^ vous eftes pauuremët vc- ftuenHermite! Maisfii'auois la cognoiflance de la procédure de cet art excellentôc porte richefle, ramafferois de grands trefors, &- les rîchcires du monde, & achep- terois des eftats & dignîtezfigra- ocs.que les pluspuiiTans Roysda monde s en efpouaantercisnt, èc

DE3 Philosophes, ^r en auroient enuîe, car les artîftes faux en promettéc de mcfme aux autres, tputesfois ic délire enten- dre voftre opinion de ces chofcs. Le y leiliarà. Il femble que voftre opînio foît fcmblable à celle duvulo-aîrede ce monde , & de tous les fols qui cherchée auec foin les trefors des rîcheffes corruptibles, 6c les alle- chemens des volupter, rintentio des philofophes & leur aduis eft blé aucre^car ceux ne font dignes du no de philofophes, qui cour et après telles folies, mais ceux qui s'adonnent foigneufemét à la co- gnolifance entière des myftercs diuins , & employent leur eftude & labeur au feruice de Dieu, très bon & tres-grandj chaflans d'eux la vanterie, l'ambition , ôcle foin d'amaffer dcsrichcfles tcrreftres, encore que neceffaircs , & que

4- A Z O T H

Dieu nous les eflargiffe mîfcrî^ cordleufcmcntpour cette vie, les çftudesdccefecret font bien au- tres, Pintentlon eftbien différen- te qui s'occupe en la feule acqui- fitîoa laborieufe de l'argent & rîchefTes, & au fuperbe faftdes dîgnitez en haine defquels les Pliilofophes ont de couftume voiler ces myfteres de Tare , de peur d*encourir la violacé, &:op- preffion de la famille de Nem- broc. Et ett mefme raifon pour- quoy ces fecrets font cachez iccs bafteleurs, & joueurs de paiTe- palTe , car ils'enfuiuroit en la pu-, blicarion de ce myfterç vne gra- de confufion & trouble de cha- que ordre de ce monde, veu quq^ toutesfois la dillUiitioa des or- dres a efte eftablie de Dieu ^ & qu'elle foiç çrcs-necçlTairc pour

D ES PHILOSOPHES, -^|

entretenir les hommes en paix (?s:concorc}e:carDieutres-bon& cres -grand a tellement efpars cç- rtc dillin£tion d ordres &c degrez entre les humains, que les vns ferulroientaux autreSj&les çon- ferueroit en paix iufques à ce qu'ils fuflent conjoints les vns des autres , tout ainfi que le Phi- lolophe Artiile fepare Tvn de- î'autre ; Tame.le corps, & rcfprît, &les conjoints femblablemenc. Or cefte diuinc fepatîon de Dieu trcS'bon& très-grand, ne doit eftrc faite d'aucun y s il n a le commandement du Verbe de Dieu, de reprimer les mefchants, pource que feul il eft rvniqueve- rité& iutVice , &: ce qui eft hors cela j ce n eft que blafpheme abomination deuant Dieu. Car de li le Magiftrat qui çicnt la pla-

44 A Z O T H

çcdcDieu^a pris entière puîffan^ ce diuîne^ aufli fera !a punidon& vengeance de la loy contre celuy qui refpand le fang humain con- tre ce precepte^carDîeu n'accep- te perfonne. Or ceftc feparatîon diuîne eft aucc diligéce confide- rable^ôc en grande cftîmc. Mais îl femble que ces chofes foîent dittes hors de propos^qui toutes- fois apportent grand profEt & ytilité au genre humain, & pouir çefte caufe il m*a femble bon Tad- joufter, & a la vérité au liurcd E- sechiel le Prophète, il eftfaiét mention de quatre vêts, qui fouf- flerentles os morts y qui cftoîent enuironncz de chair par iceluy,&; làmefmceftparlédel'efprit, qui a détenu ces ofTemençs, meCmc- mentde la diflipation & retour des vents. Nous voyons aufîi en

DES Philosophes 4| Tagonie de la mort toutes les parties des hommes cftrc fepa- reeslVridc l'autre, car alors les quatre elèmens J'efprît^&l'Ame^ lefquels font manîfeftez du nom d'etprlt , font de {partis , & fc fe- parent Tvn de Tautre : En leur lieu , Teau & la terre élémentai- re font conjoinrs y &c vn autre ait aufïî & feujfont crpaiffisX'e'fprÎE aftral de la vie, l'homme interné & inuifible, retourne au Ciel, & eft efleué fur les éléments, Ta- me va aufeîn d Abraham, fui- uant les promefles de Dieu, & repofe fur Tautel , iufques a la confommation du monde , ôc que toutes chofes foient ac- complies. Nous voyons aufïî comme la terre nous four- nît de viandes iournalieresy dans lefquelies eft caché cet

^6 A Z O T H

efprît des Elcmcns , comme la nourriture, & aufli celell:c eflen- ce y en pareille raiton nous auons aufli la nourriture de Teau êc du feU:» par lequel nous conferucros le tempérament du corps terre- lire, lequel contiét le feu & Veau fpirituelle, pour reforcer Tefpric intérieur. Car comme la terre a ces deux cliofes en foy , pareille- ment le Ciel , qui elîdit quinte eiïencc, car il eftbien plus noble que les elemens , &c eft la viande de refprit ; comme le Verbe de DJeueit la nourriture desames^ & eft fait corps , afEn de dôner la béatitude celefte au corps , àl'a- me , &c à Vefprit y encore qu'il ne foit viande & nourriture corpo- relle , mais le lien & fceau de la promefle, & du liure de la vie,ca tefnioignage de la vérité , à caufiS

DES Philosophes, ^f de noftre foy petite , & de la co- gnoifTancc foible de la diuinitc, tant Dieu siyme grandement les chofes naturelles & rpirituelles, & veut que toute fa créature foit en riiomme , & en la conjonftio dcIefus-Chrift^par lequel les pe* chez font pardonnez. Car com- me le Verbe diuin eft le principe de toutes chofes , pareillement aufli eft le ptincipe de l'image de Dieu.car pour cfcouter le Verbe de Dieu: de cette fleur du Sain^t Efprit commence la foy.de la fc- mence de cette fleur naift vn ar- bre des bonnes œuures, encore que les bonnes ceuures, ne méri- tent le falut éternel ^ mais la foy au verbe de Dieu, ce que nousdi- fonsimpoffible. Enfemblé cftrc foldeuanc noftre face, ce verbe eft vn amour magnétique parle-

48 A z OT H

quel il nous attire àluy aucc les bons ôc ne peut cftre fepare de perfone^nY a pareil amour Aftral magnétique, ôcla nature tcrre- ftre l efquelles chofes on doit c6- fiderer auec la balance tres-exa- étementjcomme eft grandement à confiderer en la cognoiflance de nature , ce que l'homme inté- rieur fait en la nature, lequel ho- me interleur eft inuifible &c celé- ftè, mais Pam,c eft fupei;naturcllc éc fuperceiefte^^defquêlles chofes nous ne fçauons rien que ce qui nous aeftereuelédc Dieu. Or la nature propofe les efprits natu- rels , encore qu'ils foient grands, & ont !e foind^vne confideratioa fecrecre, & l'homme corporel ne peut entendre les chofes fpiri- tucîles fii'efprlt de vérité ne luy ércoit releué par le Roy des ef- prits^

DES PHltOSO^HES. 4p:

prîts , & le Saind: Efprît, par icc- îuy tous les arts , la fapicnce èc la fcîencc font examincz^ceft cfprit excite aux Chreftîens vn feu fu- percelertiel d amour^ &c vnefprîc magnétique de fapience, Se nous enflamme &c nous laue de pure eauë, &t nous rend nets, afEn que nous fafïîons pénitence pour nos péchez, Se que ne mourions tous les iours en noz offences / d ou vient le récit fréquent de l'eauë & du feu.du fang Se Tcfprit Teauë , qui eft celuy qui donné la vie , car noftre péché eft de cou- leur fanguine , Se la recompcnfe du péché la mort noire , la croix & Tafflidion , mais des deuots Se pieux la robe blanche Se cou- ronne de gloire. Ceschofesam- plément dictes fuffifcnt maîrite- mnt : vénôiis à rexplication des

0

fO A Z O T H

(^ucftions de vous propofees^ lefc|uellcs ievousdkay par ordre, &c nionftreray ia certitude de cell: art par la chcfemcine , en telle forte que vous n'en pouicz douter. Or quand à ce qui ap- parcient à l'autre objet par le- quel vous tenez que plufîeurs dodles ont vne cognoiiïance fore petite de ceft art, fcachez que ceft la volonté de Dieu^, & que cela eft faiâ: pour quelque cofifi- deraiioa & certain profEt , car Dieu leprouue toute fuperbe & anabîtîon & donne ce trefor aux humbles & panures & non pas aux grands Se aux cnfans de ce monde ^ lequel trefor Thommc doit mettre à charge félon la loy du Seigneur pour fon honneur êc gloire, & pour foulagcr les panures^ de peur que plains d*©i-

DES Philosoi^hes. fi fiuecé ne delaliïlons lacbarge de noilrevie.mais que nous fallions les œuures de rïoftre vocatiort fuyuant la volonté de Dieu. Que ifi ce trcfor fe donnok a tous; 1 qu elle confufion ( îe vous prie) iferoît ce entre les mortels : Et 1 ne voy pas par quelle raifon fe lipouroit verifierle dire de Sirac: ilMon fils , tu veux plaire & fer- luir à Dieu préparé toy au iour de ^ Tafflidion ? ce qui eft dit vérita- blement de la pauureté^ diferte & imbecilité humaine y comme vous pourez facilemét conîeâru- rer de vous mefme , & n'eft auffi baillé aux hommes dVfer de ce threfor comme leur femble, car la nature de lliomme eft ma- litieufe & deprauée. Or ne reuC" lez ce fecret à perfonnc y&: ne le dôncz a Vame tuperbe auarîcièa-

£> i) ^

ji A z o t ri

fe & ambitieufe , car c'eft l'huit- neur &c la feule gloire de Dieu, maïs fais ainfijfi la fortune te fa- uorifc^garde-toy de t*enorgueîl- lir^ û elle tourne garde-toy fuccomber^ car Dieu eft Tarbitrë de Tvne ôc Tautre fortune , & les modère comme il luy plaift ^ & n etl moindre vertu deuâc la fcî- ence acquife y la rechercher auec foin que la tenir fecrcttc quand on la fçait , car fi vous Tauiez re- uelee autrement qu'il n'eft per- mis y cei\ art très- grand percld nom & dignité d'art^De vn cer- tain Phllofophe dit. Gâche ceft œavvc deuant les yeux , de tous, comme laoarolc en talangue , & le feu en :es yeux^ mefmc ne difr puce entoy mefme de ceft œu- ure , que le vct ne porte les paroï- Us à vn autre^lefquelles t'aportéj

DES Philosophes, /j roîenc de rincommodité.Ic vou$ ay fideleméc aduerty de ces cho- Te^ceft à vous d*y prendre garde, afîînque vousne foyez tourmen- te de corps Se d'anie. Or Tabus de CCS dons tres-excellens de Dieu^ eft tref-grâd^ lefqucls Dieu don- ne de fa propre grâce Se libérali- té, aufli elVce vne grande îgno- mîme &c lafchete de ces dos Phi- lofophîques foycnt reiettez & foulez aux pîeds,& que les fcîen- ces foycnt gaftez mefchamment des îgnorans.pour laquelle igno- minie aufli ils ne pourront vok cette lumière. Or le crime d'aua- rice & de luxure, a tellemét creu 4s cœurs des enfans de ce mode, quelaFoy Se la luftice n'eft pas gardée à leurs domcftiques , & tous droits font fubuertis.Ie vous en reciterayvn exéplejequel i'ay;

/4 A 2 O T H.

yeu de mes yeux , Il demeure t\% certaine ville vn homme tixi- ri- che & regorgeant de biens , perc de plufieurs enfans auare, chiche &ne fe fait pas du bien à foy-mel^ me â caufc de lauarice , il amaf- foît de grands trelors à fesenfans, lefquels nourris par la mère en toute abondance de chofes^afleu- rcz des richeiTesde leur pere,paf- fanc le temps en oyfiueté, luxure & des-bauche y &c comme ils- croiiloyenc en aage , aufli leur ' mefchanceté &c vie multipUoit &c ^ comme le père fuft decede 3 tous les iours defpençant prodigalle- ment en felVms & banquets leurs biens paçerncls, plongez dans les yicqs & mefchancetezj attendoy- ^ ent^uifenfez qu'ils eftoyent^laç- çroîiTementdes richelTes ( com- TAQ il auo.it elté auparauant fait j

DES Philosophes, /i mais en vain; fcntant deiour en iour la diminurion de leur bien 6c richefles reduîcs en grande pauurcre, ne lailToienc de com- mectre de grandes mefcban- cetez; expofez au des-honneur èc à rignomînic , le refte de leur vie. Or toutes ces chofes ont efté la caufe qu'ils ont eftémalinft- ruids y bien que premleremét ils culTent efté enfeignez en la co- gnoiiTance des meurs&des fcî en- ces. Car en ce reluit la volo nté de Dieu , qui veut que les ordres & degrez des hommes foient di- ftînds & fcparez, & que les vns feruentles autres: Aufïl tous les hommes en leur vocation & or- dre font ferfs &: merccnaîres:Car noftre Sauueur Se Seigneur luy^ tnefme à fait des œuures feruiless §c ^laué les pieds f es difciples^

S& Â Z p T H

maïs rhonncur des vns eft mom-. | dre; des autres plus grand^&nous 1 fommes comme ilplaift à Dieu nous benîr. D'où la reigleaeftq ordonnée du père de familleDieu très bon & très-grand , en la ma- niere quetulcruiras en ta voca- tion \ demefme ic te recompen- leray. OrDicuenvnîourdiftrî- buc tellement les grands trefors (des richefTcs^qu'ils femblcnt fur- pafTer de beaucoup les richefles des plus puîiTans Rois , & toute- fois fçs trefors ne diminuétpoint^ mais au contraire, tant plus il au- ra donne \ tant plus il abonde ^ & ceft pourquoy Dieu doit eftre aymé deuant toutes çhofes & fur toutes chofes. Nous voyons ar- iriuer fort fouuent des humaines richeflfes que celuy qui amaffe à^^ bieqs par auariçe , mourant

DESPlîlLOSOPHEç. J7 laifle vn fuccelTeur libéral prodi- crue y fuyuant le dire des dcdlcs : Que les richefles adiouftent des cornes au pauure, & précipitée le plus fouuenc celuy qui les pofle- de ça extrême malheur , & aux tourments éternels de Penfer. Car fi quelqu vn a eu en abon- dance les biens & riche (Tes de ce pionde^a grand peine fe foucie il de la vraye fante , & ne penfe à la paix celefte, &c ne s'elludie par li- béralité d'aider les pauures , au contraire met toute ui diligence & tout fon foin pour faire amas de grandes richefles, & cependac oublieDieu^ôd les ceuures de pie- té. Or les leunes hommes font en grand danger en ces allcche- mensdu nK)nde, encore que la prudéce fupplee au deffaut quel- quefois de Taage , mais les pieux

5^ Â Z O T H

font contraints de boire le caîica des afflîdions.les mefchans eltas referuezaux peines d'enfer. Mais ce qui cft plus à déplorer c'eft que chacun le mocque &c fc rie de ces chofes , & que tous les en- fans de ce fieclc ne trauaillent qu'à laiifer des richefles &c des honneurs aleurs enfans fans con-] fcience , qui leur raconte fans mocquerie au il faut chercher deuant toutes chofes la fapîencc diuinc ,fans laquelle rien ncpeuc fubfifter en ce monde, d'où vient que le ver delaconfciéceronge les cœurs des miferables de di- uerfes tentations en lagonie de lamort: car les hommes n'ont ac- coaftume de chercher le falut de leur ame en vraye Se parlaidlê huriiilité.

DES Philosophes, j^ Il lemble que les chofesque vous venez de dire foîent con- traires entleremenr au but au- quel vous prétendez, bien queîe j ccognoitle que ce que vous aués die foiten ma faueur : toutefois adioultés dili2;eniment le refte, car l'en actens la finbien attentif. Cependant i'ay deUr defçauoir, comment ce fait que ceft art & les miileres des Philofophes ne font reuelez auffi aux autres , &c qu'ils ne les cognoiiïent, veu que nous voyons tous les autres arts fouuent eftre fçeus du peuple, &c quelquefois en y penfant exa- ctement i'entrc en grand foub- fon fçauolr ii cella etl vray. Le VietlUrcL Vous auez entendu par cy de- uant qu il a efté impofé filence aux enfans deTart^ affin que cefte

ép A Z O T H

fcicncc fut tenue cachée à caufe de la puifTance des tyrans de ce rnôde^ & des mefchancerez des paillards fuperbes, des vfuriers, des luxurieux & des autres fce- lerafts. Car tous les Pbilofophes cachée lavraye cognoiflance de cette fcience aucc grand artifice, d'autant que aucuns ayant acquis la poiïeirio de cette diuine (cien- ce, en ont mal vfé, ont perdu fon vfage&peruerty les commodi- tçz, aucuns ayant efté vexez par vne lï^ort fafcheufe , & les autres eftans preuenusde la mort. Or il cft befoin que l'auditeur & le poffeffeur de ceft art foit hum- ble, pie îx, taciturne, &deb6naî- re.Quâd Dieu donc vous aura ef- largy la fcicncc & polTeffion de ceft art y gouuernez - vous en, cette forte.ôç ne râliez vendre ça

DÉS Philosophes 6i ôc , maispluftoft employés vo^^ à foigneufcmcnc & auec grande dilîgécé àla cognoiffance plus fc- cretce des chofes, & auec œuures de voftre vocation,& fais du bien à ton prochain & a ton ènnemy, caria loydu Chfiftîanifme nous oblige à cela : îl faut aufli refifter de toutes nos forces aux enne- mis de la foy 5 & foîgneufcsnent s'efforcer en cela.afîn que les au- tres préparez à louer Dieu , ils chantent auec nous fa mifericor- de , mais à caufe de l'ingratitude plufieurs chofes font cachées 3 &c rignorance engendre beaucoup de maux , la fciénce au contraire augmence les biens, &: eft le rayo de la lumière, Il y en à plnfieurs qui s^effor^ent &r employent à la recherche de ceft arr ^ mais ils ne s'cftudiét aux vertus neceffaires^

6z A Z O T R,

Se principalement a le tenir fe-^ cret. Ils tombent en vne mefme infortune que ce Phaiftô duquel parle Ouîde, lequel ne fçeut cô- duire le chariot de Phœbus Ion pere^ auffi conulent auec grand foin garder ce threfor. Que fi rhomme aconfideré feullcmenc les paraboles et les mitleres, qu'il penfe etlre abondamment fatîs- faît:, quand il voit en la nature fçeau et image de la diuine bon- té eftre imprimée, car !a nature parfait toutes chofes diligem- mët y&c certes plus partaiteméc que l'homme mefme , qui toute- fois eft la tres-nob!e créature & plus proche de Dieu , raifonnaï- bîe & aymée de Dieu , d'où pa- roift l'excellence de ï homme fur toutes autres créatures ,&: pour eefte caufe Dieutres-bon &c très-

Des Philosophes 6^ grand luy a au ffi propcfe les pré- ceptes Se la vie éternelle, Adolphe. le conf efle à la vérité qu'il faut îey confiderer de grandes chofes, i'attends toutefois bricfuemenc voftre opinion des paraboles, prîncipalîement quand vous a- uezdit fouuent qu il les conue- noitbien efplucher.

Le V^ieillard.

Mais pour n^ieux dire il les conuient confiderer deuant tou- tes autres chofes, ôcpourcc l'en ay fait mention telle que i*ay laif- feprefque les autres chofes fans en parler^refquclles font infinies & no pas neceflaires.Car qui a eu cognoîffance de celle œuurc , il cognolft par foy- mefme qu il ne faut donner occafion aux opini- ons errantes , car ces mocqueurs

(4 A z o T H

s'efforcent quelques fois vendre ces chofes au {impie peuple foubs le facré nom de la bible, lequel a de couftumc les prendre a grandes brafTécs , cîufli eft-ce chofe impie & vn blafplicme de parangonner autre œuure a la diuine puiffance , car le verbe de Dîeuell refchelle de lacob; Et Îeius-Chrift cft feul médiateur & la reigle^par lequel toutes cho- fes font miles au îiure de vie , en mefmc raifon nous voyons en noftre œuure naturel ^ la vie & la niorcjla refuredîonSc la création de tout le monde, les nombres^la' mcfure & le poids, l'accroilTe- ment , les forces &c efficace des Éftoîlles & des Elément, en pre- mier lieu du Soleil & de la Lune , car par le Soleil la vie defcend félon ce qu'il plaift à Dieu , &c

poùif

DES PHlLOSOPHES.lfj;

pour cette caufc eft comparée nu Soleil ^ &: àppellée de fori nom , car touc aînfi qu'il eft en haut :, ainfi il eft en bas ^ par lequel les merueilles font acco- plies. AulTi le Soleil purpurin, rouge & doré^ell malle & femel- le, & feruiteur de tout Tymuers: contenant en foy les rîcheflesv- nîuerfellcs. 11 eft befoin noter deux chofes encecy^come d*vnc chofe& de deux^ car Dieu trcs- bôn & très grand^à crée quelque chofc de rien, Or ccfte chofe e- ftoit vne chofe de laquelle tou- tes les chofes tant celeftes que terréftres sot produites , car Dieu a dit y foit fait , & il eftbit. Quand" doc toutes chofes ont eftc crées par fon verbe, & après îceluye- ftoic la nature vniuerfelle feparée de lachôfe tSc bôrind en fon ef^

E

66 A Z O T H

fence cftoic après Dieu ^ & cftok fonbonplaifir, car il eftoîcrres- bon , mais il s'cftoit retiré quel- que chofe foudain de luy , & n a- uoir duré iufques au temps du j grand monde , & à caufe de ce, il ertoit requis vne autre chofe^car ij par vne chofe il ne pouuoit du- i rer , comme 11 aiioit efté fait dés le commancement à caufe de la créature la plus débile ^ laq[uellc Dieu dcfiroir enfemble.ôc difoît^ croiffez & multipliez ^ alors on mukiplioit tellement ;, que rien ne pef ifToit a la fin du fieclc ^ cat c'eftoit la bcncdiâiion du Sei- gneur ;, laquelle par fon verbe il départit à Vhôvnc, &: toutes cho-^ fesfonc paracheuées iufques à la fin par très-grande oberiTancc^ & font conduites par le Saind; Et pic > de m^sfme en eft-il à Ada^&s

DES PHlLoiOPHES 0

à Eue , au malle & à la femelle. Il faut obfcruer icy comment k creatîonfe parfai£tparrvn,&pat rautrej'augmentation^multiplï^' Cation, & conferuation , & par troifiefme radminiftrationj^com-^ me par refprît , ces chofes doiuéc eftre examinées diligemment. Louange & honneur à Dieu eil Trinité. En outre Dieu comman- Idoit & dcftendoità l'homme in- continent quand à Teflence ; Se luy aflujettiffoit tout fans aucun défaut , &luy donnoitpuilTance de manger de tousles fruidtsdu Paradis, excepté le fcul arbre de fçîencc^dubié &: du mal, le fruift duquel luy auoît et^é deftenda ^ parauanture à caufe 4e la malice du Diable à la volonté duquel fi- nablement il fc foubmie pat h def-obeïfTancei car il faut ce'-

I

6i ÂZOTH

gnoîftre feallement le bic^i, êi. fuir le mal ^ par lequel le chemin eft donne à l'cnnemy , car Dieu crt feul Seigneur qui conduit & ; adminiftre toutes cbôfes j &c les créatures luy font toutes fujectes; le commandement à introduiclc , péché quand les hommes ne s'en | prenoieittpas garde^parl inftind: ; & fçauoir du Diabie, & de fa propre voîcnté ; car le premier pechc cftoit le blafpheme & TI- , doîatrie ^ obrcurciflant par igno- rance toute fcience^mais pour di- , re mieux, conuertifnint en fcîen-, ce , en cognoiiTancô du mal , iuf-l ques à maintenant , &c en tous vices, mefchancetés & arts du Diable , aufquels on renonce au Sacrement du Baptefme > fça* Èoîr en la régénération &c feno* ùatlon de noUre vie :, aunouueau

i TfES PHiLOSOHPESr é^

Adam, comme au bois de vie, quî a efté ofté à nos parens au Para- dis terreftre de la vie cerreftrc, toucesfois promis cnlafemencc d vne femme , Chrift qui eft ■l'arbre de vie &c fpirltuelle & cor- porelle , par lequel non feule- ment Pâme reçoit lavie^^mais auf- file corps. Car tout ainfî qu'A- 'dam chafle du Paradis ertoit en- uoycau monde, iardinde ténè- bres & d' afflictions, pour la mor- tification du fangôç de la chair j de mefme (i nous entendons la manne, c'eft à dire le pain cele- fte, le verbe de Dieu ,& que nous viuions félon ^escomandemens, & que nous croyons le verbe le- quel a efté fait chair , par iceluy nous reprendrons la vie,&fcrons tranfportez de la maifon d'igno- rance au Paradis celeftc , & cooi-

5q a z o t h

me la mort emportok & rauifr»! \i Toit Adam 5 aind elle nous con- traint de demeurer bon g-vé mal gré par le feul verbe de Dieu, le- lus-Chrift , duquel toutes chofes font :, car nous mourons auvicit Adam :, & nous refufciterons cq lefus-Chrift nouucau Adam , co- rne il nousa précédez, ceft pour- quoy il eft Tarbre de vie duquel nous deuos magerbânis en cefte maifon d'affliâ:ions,&à la vérité, corne ai] premier Àdâ a efté deP- fendu le f rui6t du Paradis par vr^ ïi certain moyen , aufli pareilleméc o' çftimons n'y auoir autre règle , S commandement , ou voye ^ ni a | ! droit nv a gauche outre le verbe '^/fi^o^/^v^tû^àc Dieu 3 compris au Hure de vicjj lequel fermé de fepc féaux lefus- Ghriftaouuerc. Mais (i nous dé- lirons cognoiftre chofes plus grandes ^ oc manger du fruiôt d^

D E s P H l L O s O P H E s. yt

\ nrbre de fcience du bien & du mal , Ton dira que nous vou- lons feruir à deux malftrcs , c'eft à dire , à Dieu & au Dia- ble , prenant le menfonge pour laverire ^ &:reprouuant la vérité comme menfonge :, auflî nous receuons recompence digne de nos oeuures , & a elle fait que nos premiers parens ont efté chaffez de la prefcnce de Dieu viuant: car Dieu n'eft pas femblable à l'homme , mais les hommes ont elle faids à fon image , afin qu'ils obeïflent à fes commandemens^ & qu'ils n'y diminuent ni adiou- ftent : quand nous font propo- féeslafapîencc& la fcience qui nous font concédées en viande^ du verbe Diuin, duquel l'homme vit , £nc font tirées du liure de vie jardin fpiritud. Car toute chofç

?% Â Z O T H

bône cft dlceluy, & par îceliiy toutes chofcs font faites^lerquel- les il elVpcrmîs comprendre des yeux & des mains , carltt-vifiblc ell:faî£l de rinuifiblc , de mefme la foy prend fon commécement de Touye de laFov, les bonnes ^ œuurçs c eft à dire de Tinuifible levi{ible,& du verbe le Chre- ftiened engendre. Or les chofes font telles afin que l'homme de mefme raifonagifle & operc^no pas qull fe forn^e des queftions oifeufes ■& fyiuolcs de la tou- te puîfTance dîuîne ^ car c'eft le vouloir de Dîeu,& la toute - puif-- fance qui a auffi baille à Thom- me fçmblable patron &: exem- ple /mais Thomas incrédule ne ^ pouuqit paruenir à cela , quand il cognoîfloit feulement la nature humaine & la fcience , & le Ciel

Des PHILOSOPHES, 75 elcmencaire inférieur. Se en pre- mier lieu les chofes intérieures comme l'eau & la terre , qui tou- tesfois soc réceptacles &c prifons de la mort . Or celle Philofophîc eft reprouuee de S. Paul, en la- quelle ilny a nulle perfection, car la feule Philofophie celefte ertconfommee par la foy , efpc- rance & charité. En ce lieu il eft à noter y que comme toutes cho- fes font conferuees par le verbe de Dieu, & que nous deuos croi- re à la parole quieftforde delà bouche deDieu,aînfi lefus Chrift a déféré cet honneur à fon Père , que rien n'eft acquis fans foy , mais la plus grande partie des hommes ne croyçt les chofes lef- quelles ils ne voyent ^&c ne confî- derent que Dieu lePere,DieuIe Fils 5 & Dieu le S.Efpritnepeut

74- Â Z O T H

cdrc veu de nos yeux chargez de péché y comme auiTi les rayons de s6 vifage qui furpafTe de beau- coup en fplendeur le Soleil ; Les hommes n'ont peu voir à caufe de la nature pechereiTe , quand il çftoît auec eux en forme vifible \ &lors qu'il eftoit enccmonde, encore quelefus-Chrîft nous af- filie corporellcment & foie à la dextredeDleu, c'eftàdire en la facrée fainde purîté &Deîté,c6- nie il a accompli la volonté de fon Père &ell: allé aux enfers , & a monté aux Cieux en chair & en Efpric,& parachcué tout entout. Qui eft d'entre les hommes ce- luy qui puilfe trouuer en cher^ chant la grandeur & fageffe de Dieu, nous fçauons qiie le Ciel eft fon {lege.&îa terre î'efcabeau d<s les pieds. Nous ne pouuons nous

DES Philosophes. // informer des chofes celcftes , ni iognoillre (inpii celles qui ne fontJcnnés du verbe Diuin , lefquelles S. Paulaveues ,& n'a tenu conte de dire ^ mais nous a laifle le Verbe ce celefte pain comme vnleau dans lequel con- fiftc le faluc de nos âmes , fçauoîr 1 a volonté de Dieu , vray arbre de vie, afin que nous beuuionsfon fang & mangions fa chair^, & que nous croyons fermement que toutes nos chofes font , filcspa- rolles de Tinfiiitution font dîtes, x^infi la parfaite nature demon- rtre plufieurs merueilles en va feulmirouer , de laquelle femble auoir parle allés quand les chofes de TEfcriture fainde font afles cogneuës par îcelle. Or celuy qui fait la volonté de Dieu voie toutes chofes ôc les cognoit;,com-

"76 A Z O T H

me aufTi certains d'entre les fagcs Paycns & Ethniques ont cogneu» Adolphe. Vous auezefté filoneenvos parolles que Ten ay oublie la plus grande partie ;, toutefois le defi- re entendre cela de vous,fçauoir, {iceftœuure de nature ne con- tient pas en foy vn efprît qui fok caufe dp mutation , pource qu'il ine fcmble que vous auez fait mention du fécond nombre qui eîl multiplication , il eft requis pour ccft cffcd vn efprit vital. Le V^ieillard, A la veritë refprit vital mine- rai eft en cefte œuure qui fe par- fait après qu il eft prépare, fuiuac la dignité par TArtifte : car Dieu par fa bonté infinie a conftituc rhomme feigneurde ceft efprit, afin que dlceluy il formaft autre

DES Philosophes 77 chofcfcauoirvn nouucau monde par la force dut eu , félon Tordre & cômandement donne de Dieu. Et à caufe de ce l'hon^me ne pa- racheuera rien du tout , èc eft re- quis que toutes fes chofcs fe fa- cent en la crainte de Dicu.par vn nioyen honnelle &c vnc pure *î* confcience Que s'il y en ad*entre >— le vulgaire qui ne paruiénneala fin de ceft art, qu il ne foit à fcan- dale, encore qu il foit deuant les yeux des hommes^ que chacun la voit 5 &c fouuent elt employé à d'autres fins, toutesfoisp'ufieurs îo;norcnc fon vray vlage , ne fça- chans pas que ce çrrand threfor éft atcouré de ces ténèbres , d'où fouuent c'cft or crcfpur cnuiron- néd'efpefleobtcurité&derouil- leure , eLl lai(fé dans la boue &c l:a "^/llenie ^ lefquelles chofes fonc

JS A Z O T H

ainfi faîtes parle droit ordre da Nature. LesPhi^olophcsplusfa- ges ovant feulement le nom de Mercure cognoiflent ce threfor èc font deuant les yeux , bien qu'il foit inuifible &c fpîrituel , tGutesfois il eft matériel ^ & cft vne vierge trcs-chafte qui n'a point cocrneu d'homme, fubftan- ce frao;ile , d*oii on l'a nommé laî6tvîrginal,le mielrerrcftre des montagnes ^laiâ: , vrinedes en- fans y & femblables autres noms : & en toutes ces chofes plufieurs Artiftes l'ont recherchée mais ils ne font trouuee ^ car elle eft pré- parée de matière métalliques & très bonne.

Adolphe. L'or n'eft-îl pas cefte matière à caufe de fa noble fle , &c qu'il eft le plus parfait riietail ? il me fafr

DES Philosophes. ^^ ble que toutes vos paroles ten- dent là.

Le Vieillarà. Non à la vérité ^ mais il eft be- foin que vous entendiez de moy auparauant autres chofes , car vous vous arreftez trop ardem- ment encore aux threfors de ceft or terreftre , &nauczpas afTez conçeu ce que i*ay dit , fie vérita- blement ie vous mettray par ef- erit le dernier & principal mîfte- iede ceA art ,& bien que en ce prefent difcours il me femble y auoir quelques douces ^ il n'eft pasvtile toutesfois de les expli- quer plus clairement ^ 6c vérita- blement ce threforn eft pas ceft Or m.onckin commun ni TArget, Mercure, Soleil, Antimoine, Ni- tre, Soiiphre, ni autre chofe fem- blable^maîs ceft l'cfpritdc TOrSc

^6 A Z O T H

le Mercure , qui eft nommé dès Phllofophes la première de fecÔ- de matière propre & feul de la nature & de 1 a proprieté.Or treC pur Oriental n'ayant fenty la for- ce du feu, fur tous excellent, plus ïiïol & aifé à fondre que l'Or dii vulgaire? H eft vray mercure de Ter & antimoine^ attirant fes qualitez des corps s'il eft liquifié. Sa préparation n*cft autre chofe que le bien lauer& le mettre en menues parties , par l'eau & le feu , corne toutes les autres cho- fes font en la mefme façon pré- parées : afin qu'ils foyent agréa- bles à Dieu & aux hommes. Il conuient exaétement co^noî- ftre qu eft-ce que fublimation, dlftiliation.feparatîon.digeftion;, purificatîon,coagulation;,& fixa- non^ & rechercher diligemment

cet

DES Philosophes. 8j cet œuf de nature , defiré de plu- ficurs dés le commenccmeric.Dc cccy il y a pluficurs efcrits y & en- tr'autres du Comte de la Mar- che Treuifanne Bernard y &dés autres , lefquelsietemonftrcray/ à la fin y & adioufteray plufîeurs paraboles.

A D Ô L P H E.

Quand ic confidere que rvfa- ge de cet art doit eftrc acquis par beaucoup de fueur,& que fa pof- fcffion en eft perilleulc ,&qu'iî èonuicnt faire la vocation ou nous fommes appeliez de Dieu ^ le plaifir que i'àuois pris âupara- uanr me rend plus humble quand îe voy que i*ay efté trompé de vainc efpcrance.

LE Vieillard. Eftimez vous qucic vous ayé dit CCS chofes comme par manie-

F

$S A Z O T H

rc d'acquit ^ qu'il faut trauaîllef gtandementj&: qu il faut exercct les œuures de miierîcorde enuers les pauures ^ non pas enuers tous les pauures , maïs ceux qui le font vrayement.&auoir foin des or- phelins, & des veufues , pour la gloire & l'honneur du nom de Dieu. Or Thonneur eft deub à Dieu plutloft qu'à nul autre , à lors les ccnfolations font deman-j âécs du Verbe diuin, car le Verbe de Dieu précède grandement la nature,ccmme le fcruiteur fuit le maiftre ^ & le pcre excelle en di- gnité la mère > Il faut donc faire ea forte, comra.e (i de cela il ne nous en appartenoit rien du tout^ mais pluftofl trauailler diligem- ment félon noftrc vocation pour rvtilîtédu prochain , &c le profit de:U.RepuHique,& deftruirc les maux qu^apporte Pignorancc^car

1:11

II

tl

Des Philosophes. Sj fans relafche la raifon & le corps doiuét faire bien, car Toiliueteelt loreiller de Sathan, & etl dcffen- àd'é fous grieue peine, d'autat que de U prouiennêc toutes les enor- mirezja luxure,rauaricc,rhomî- cide Je menrongC3les impoftures & traudes Jmitas en cela leur na-^ ciiremefme. Or nollre œuurc îa- mais n eft oifif , mais trauaille & opère fans céflc iour &nuid:,iuf-^ qa*àce que le temps fixîefme de fes fepmainesfoîccompleC:,&que Ton fabatli approche ;> car alors il rcpofe & honnore fon Seîgneur> rhome^auquel il doit feruir félon le comandement de Dîeu^ obeïf- fans a fes loys. En la mefme forte les homes doluent trauailler > îuf^ qu'à ce q; no^ entrios auRoyaumc éternel de Dieu.Voîrc mais toutes ceschofesfe iôt^Nature prefque)r

§4 Â X O T H

contre- difanc^ 6c nous fafchoril quand nous entendons qu il faut: trauailler aflidueilement pour viure , îufques à ce que nous re- tournions en terre ^ de laquelle! nous fommcs faits , à caufc qu roy{iucte& le dcfu" de comman der plaifent à tous égallement qui eft l*occafîon que nous fom înes parefTeux & fêtards en nos oraifcns &- prières , bien que Ton doibue prier Dieu pour impetret toutes chofes : nous nncfprîfons les vas comme pauures , à caufc qu ils ont pèdt reuenu , cepen- dant auaricieux^ôc que nous fom- înes obligez de bien faire à nos ennemis , toutes les mefchance- tez ont pris place en nous j com- me font la colère, Vauarice y hainej inimitié j lami^taelledcs-; i fiance^ ôcàcaufed*icellesletrcs;^

D E s P Hl L O s O p H E si 85

sxcellét bien nous eft ofte , com- me aulTi celle fciencc de médeci- ne qui eft cachée en ce bien, eft

' incogneue des autres Médecins plus dodes : Car ce threfor ne

\ s'apprend pas es efcoles des Mé- decins , mais caché demeure dc- uantleur yeux , en la mefme fa- çon que l'cfpric interne de la Sainde Efcriture eftoit ccléaux Pharifiens.quieftoitie vrayMcf- fie , & la médecine de l'ame^en- core qu'il fuft au milieu d'eux i Aufli il rendit grâces à Dieu fou Pcre de ce qu'il auoit caché ce ttefor aux Sagcsdecemondc,&: l'aurok déclaré aux petits : De mefme auffi eft dit de noftrc mé- decine naturelle , que la volonté de Dieu doit précéder quand el- le eft demandée par ardente ^ c^m 0 prière , coignae en toutes les ^u-

A Z O T H

très chofes mondaines , cefte vo^ltA lontediuine difpofc toutes cho-rlfc fes ; & de s'apperçoit la vanité de ces niedicamens de (impies &c {irops^quî courét entre les mains de ces faifeiirs d'vnguenc, auec la^ perte de la renommée, Se eftima-. don des médecins, au grâd dom înage des malades. Mais qui plus cft y ces firops font beus par vn îres-certain endommagement5&

mort d iceux.&les defpences fai- tes par les malades font conuer- ties pour entretenir la fuperbe oc luxure , comme il ny à pa^ long- temps qu vn pauure homme le plaignoit auoîr elle trompé dl- ceux, & auoîr employé prcfque tous fes biens, &pcrdu fa fublran- cej^fivn homme de petite & baffe fortune ne luy euit aydé. Ainfi lious voyons que plufieurs onç

DES Philosophes. 87

feulement ce foin :, qu ils veulent crtre en recommandation à la Poftcrite y comme Dieux^cepen- dantilsnecrlio-entdu tout le foin S: diligence d'aider à leur pro- chain , d'eftudier les bons liures > par lefquels la cognoifTance vnî- uerfelle de cet art s 'acquiert. Il eft de befoin doncques à tous de fe peiner ^ en ce qui peut feparer le bien du maLc'eft à dire.qu ils co- gnoiflentpar modeftie, patien- ce ^ & humilité , la vertu & les fruits du bon arbre ,auec la raci- ne triple; dcmefmeauffi hono- rent les fruits de l'ame ^ la Foy , rEfperance , & la Charité , afEti que nous fçachions que c'eft que vérité & iufticc , tant de famé que du corps, c'eft à dire^du bien cclettc & corporel. Et affim <jue nous puiffions facilcnient

2 g  2 O T H